Ma-Ananda Moyi

L’origine de nos souffrances, c’est que nous nous agrippons à un aspect que nous croyons réel. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la joie vraie n’existe que dans la vie spirituelle. Le seul moyen d’en faire l’expérience est de connaître et de comprendre ce qu’est réellement l’univers. Nous devons orienter notre esprit pour voir que le monde entier est divin.

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Ce n’est pas dans le monde extérieur que vous trouverez la paix. Creusez au fond de vous-même et vous trouverez la perle inestimable.

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Ce que l’on pense, on le devient. Lire la suite

René Guénon : La Gnose et les écoles spiritualistes (*)

(* ⎯ La Gnose, décembre 1909 et août à novembre 1911, « Les Néo-spiritualistes ».
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Même si ce billet est long, je le reconnais, je vous invite à le lire minutieusement. Vous trouverez en version PDF l’ouvrage en entier. Je ne saurais trop vous le recommander.

La Gnose, dans son sens le plus large et le plus élevé, c’est la connaissance ; le véritable gnosticisme ne peut donc pas être une école ou un système particulier, mais il doit être avant tout la recherche de la Vérité intégrale. Cependant, il ne faudrait pas croire pour cela qu’il doive accepter toutes les doctrines quelles qu’elles soient, sous le prétexte que toutes contiennent une parcelle de vérité, car la synthèse ne s’obtient point par un amalgame d’éléments disparates, comme le croient trop facilement les esprits habitués aux méthodes analytiques de la science occidentale moderne.

On parle beaucoup actuellement d’union entre les diverses écoles dites spiritualistes; mais tous les efforts tentés jusqu’ici pour réaliser cette union sont restés vains. Nous pensons qu’il en sera toujours de même, car il est impossible d’associer des doctrines aussi dissemblables que le sont toutes celles que l’on range sous le nom de spiritualisme ; de tels éléments ne pourront jamais constituer un édifice stable. Le tort de la plupart de ces doctrines soi-disant spiritualistes, c’est de n’être en réalité que du matérialisme transposé sur un autre plan, et de vouloir appliquer au domaine de l’Esprit les méthodes que la science ordinaire emploie pour étudier le Monde hylique. Ces méthodes expérimentales ne feront jamais connaître autre chose que de simples phénomènes, sur lesquels il est impossible d’édifier une théorie métaphysique quelconque, car un principe universel ne peut pas s’inférer de faits particuliers. D’ailleurs, la prétention d’acquérir la connaissance du Monde spirituel par des moyens matériels est évidemment absurde ; cette connaissance, c’est en nous-même seulement que nous pourrons en trouver les principes, et non point dans les objets extérieurs. Certaines études expérimentales ont assurément leur valeur relative, dans le domaine qui leur est propre ; mais, en dehors de ce même domaine, elles ne peuvent plus avoir aucune valeur. C’est pourquoi l’étude des forces dites psychiques, par exemple, ne peut présenter pour nous ni plus ni moins d’intérêt que l’étude de n’importe quelles autres forces naturelles, et nous n’avons aucune raison de nous solidariser avec le savant qui poursuit cette étude pas plus qu’avec le physicien ou le chimiste qui étudient d’autres forces. Il est bien entendu que nous parlons seulement de l’étude scientifique de ces forces dites psychiques, et non des pratiques de ceux qui, partant d’une idée préconçue, veulent y voir la manifestation des morts; ces pratiques n’ont même plus l’intérêt relatif d’une science expérimentale, et elles ont le danger que présente toujours le maniement d’une force quelconque par des ignorants.
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La pensée du jour : Lao Tseu

Lao Tseu

以正治國,以奇用兵,以無事取天下。吾何以知其然哉?以此:天下多忌諱,而民彌貧;民多利器,國家滋昏;人多伎巧,奇物滋起;法令滋彰,盜賊多有。故聖人云:我無為,而民自化;我好靜,而民自正;我無事,而民自富;我無欲,而民自樸

Avec la droiture, on gouverne le royaume ; avec la ruse (1), on fait la guerre ; avec le non-agir, on devient le maître de l’empire (2).

Comment sais-je qu’il en est ainsi de l’empire (3) ? Par ceci.

Plus le roi (4) multiplie les prohibitions et les défenses (5), et plus le peuple s’appauvrit ;

Plus le peuple a d’instruments de lucre (6), et plus le royaume se trouble ;

Plus le peuple (7) a d’adresse et d’habileté, et plus l’on voit fabriquer d’objets bizarres ;

Plus les lois se manifestent, et plus les voleurs s’accroissent (8).

C’est pourquoi le Saint (9) dit : Je pratique le non-agir, et le peuple se convertit de lui-même.

J’aime la quiétude, et le peuple se rectifie de lui-même (10).

Je m’abstiens de toute occupation (11), et le peuple s’enrichit de lui-même.

Je me dégage de tous désirs, et le peuple revient de lui-même à la simplicité (12).

Lao Tseu, Tao Te King /Chapitre 57 (traduit par Stanislas Julien)

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LE MENTAL-DRAGON

      Le Dragon est donc ce mental de l’homme moderne, fait de pensées réflexives coupées de toute source transcendante, d’émotions de plus en plus grossières et infantiles, pensées et émotions qui l’entraînent dans des activités de plus en plus destructrices pour lui-même, pour les autres et pour le cosmos. L’imposition à l’homme d’émotions et de sensations de plus en plus intenses par le Dragon est symbolisée par sa couleur rouge feu (c’est ici le côté dévorateur du feu qui est souligné) et leur empire sur toute l’humanité par ses dix cornes et ses sept couronnes. 

     Ce pouvoir absolu du Dragon-mental sur l’humanité n’a pu s’établir et s’étendre, nous l’avons vu, que grâce à cette fascination des images imposées par les médias, et notamment des images animées du cinéma et de la télévision qui se sont imposées de façon dictatoriale sur le psychisme d’êtres humains préalablement privés de toute défense par la disparition de points de repère stables que leur offraient les religions par leurs doctrines et leurs liturgies. (Le Dragon « a fait tomber du ciel le tiers des étoiles ».) Cette emprise fascinante des images perverties est évoquée, nous le verrons au chapitre suivant, par l’image de la bête à qui il fut donné un esprit, pour que l’image de La Bête parlât »*. Il s’agit de la subversion la plus totale du rôle normal de l’image tel qu’il s’exerçait dans toute société traditionnelle, et notamment dans le Moyen Age chrétien. Les images** exerçaient alors leur pouvoir sur le psychisme non par la fascination de l’animation artificielle et les sensations fortes qu’elle permet de soulever, mais par la qualité « numineuse », sacrée, de leur forme et de leur contenu. Elles jouaient un rôle considérable dans l’éducation d’hommes dont la plupart étaient illettrés, et qui ne recevaient d’éducation que par la parole des clercs et par ces images symboliques : architectures, peintures, sculptures des églises et des cathédrales, et surtout vitraux dont les médaillons racontaient la vie édifiante du Christ, de La Vierge et des saints aux fenêtres basses, et dont les grandes figures archétypiques des fenêtres hautes transmettaient dans la lumière à la conscience coupe, encore éveillée à cette époque, les influences spirituelles célestes. C’est par la « guerre faite à la descendance de la femme », conscience coupe chassée au désert que le Dragon a pu détruire en quelques siècles (et très spécialement ces cinquante dernières années) ces supports d’émotions raffinées donnant une haute idée de l’homme, en leur substituant un monde d’images porteuses des émotions les plus grossières et de sensations destructrices pour le psychisme. 4 Lire la suite

René Guénon – LE « MING-TANG ».

Boite à Coran avec carré magique Lo-chou – XIXe siècle, Maroc (Musée Quai Branly).

 

Vers la fin du troisième millénaire avant l’ère chrétienne, la Chine était divisée en neuf provinces (1), suivant la disposition géométrique figurée ci-contre (fig. 16) : une au centre, huit aux quatre points cardinaux et aux quatre points intermédiaires.

Cette division est attribuée à Yu le Grand (Ta-Yu (2)), qui, dit-on, parcourut le monde pour « mesurer la Terre » ; et, cette mesure s’effectuant suivant la forme carrée, on voit ici l’usage de l’équerre attribuée à l’Empereur comme « Seigneur de la Terre (3) ». La division en neuf lui fut inspirée par le diagramme appelé Lo-chou ou « Écrit du Lac » qui, suivant la « légende », lui avait été apporté par une tortue (4) et dans lequel les neuf premiers nombres sont disposés de façon à former ce qu’on appelle un « carré magique (5) » ; par là, cette division faisait de l’Empire une image de l’Univers. Dans ce « carré magique (6) », le centre est occupé par le nombre 5, qui est lui-même le « milieu » des neuf premiers nombres (7), et qui est effectivement, comme on l’a vu plus haut, le nombre « central » de la Terre, de même que 6 est le nombre « central » du Ciel (8) ; la province centrale, correspondant à ce nombre, et où résidait l’Empereur, était appelée « Royaume du Milieu » (Tchoung-kouo (9)), et c’est de là que cette dénomination aurait été, par la suite, étendue à la Chine tout entière. Il peut d’ailleurs, à vrai dire, y avoir quelque doute sur ce dernier point, car, de même que le « Royaume du Milieu » occupait dans l’Empire une position centrale, l’Empire lui-même, dans son ensemble, pouvait être conçu dès l’origine comme occupant dans le monde une semblable position ; et cela paraît bien résulter du fait même qu’il était constitué de façon à former, comme nous l’avons dit tout à l’heure, une image de l’Univers. En effet, la signification fondamentale de ce fait, c’est que tout est contenu en réalité dans le centre, de sorte qu’on doit y retrouver, d’une certaine façon et en « archétype », si l’on peut s’exprimer ainsi, tout ce qui se trouve dans l’ensemble de l’Univers ; il pouvait donc y avoir ainsi, à une échelle de plus en plus réduite, toute une série d’images semblables (10) disposées concentriquement, et aboutissant finalement au point central même où résidait l’Empereur (11), qui, ainsi que nous l’avons dit précédemment, occupait la place de l’« homme véritable » et en remplissait la fonction comme « médiateur » entre le Ciel et la Terre (12). Lire la suite

La guerre et la paix

Ce qui vient d’être dit sur la « paix » résidant au point central nous amène, quoique ceci puisse paraître une digression, à parler quelque peu d’un autre symbolisme, celui de la guerre, auquel nous avons déjà fait ailleurs quelques allusions (1). Ce symbolisme se rencontre notamment dans la Bhagavad-Gîtâ : la bataille dont il est question dans ce livre représente l’action, d’une façon tout à fait générale, sous une forme d’ailleurs appropriée à la nature et à la fonction des Kshatriyas à qui il est plus spécialement destiné (2). Le champ de bataille (kshêtra) est le domaine de l’action, dans lequel l’individu développe ses possibilités, et qui est figuré par le plan horizontal dans le symbolisme géométrique ; il s’agit ici de l’état humain, mais la même représentation pourrait s’appliquer à tout autre état de manifestation, pareillement soumis, sinon à l’action proprement dite, du moins au changement et à la multiplicité. Cette conception ne se trouve pas seulement dans la doctrine hindoue, mais aussi dans la doctrine islamique, car tel est exactement le sens réel de la « guerre sainte » (jihâd) ; l’application sociale et extérieure n’est que secondaire, et ce qui le montre bien, c’est qu’elle constitue seulement la « petite guerre sainte » (El-jihâdul-açghar), tandis que la « grande guerre sainte » (El-jihâdulakbar) est d’ordre purement intérieur et spirituel (3).


(1) Le Roi du Monde, ch. X ; Autorité spirituelle et pouvoir temporel, ch. III et VIII.
(2) Krishna et Arjuna, qui représentent le « Soi » et le « moi », ou la « personnalité » et l’« individualité », Âtmâ inconditionné et jîvâtmâ, sont montés sur un même char, qui est le « véhicule » de l’être envisagé dans son état de manifestation ; et, tandis qu’Arjuna combat, Krishna conduit le char sans combattre, c’est-à-dire sans être lui-même engagé dans l’action. D’autres, symboles ayant la même signification se trouvent dans plusieurs textes des Upanishad : les « deux oiseaux qui résident sur le même arbre » (Mundaka Upanishad, 3ème Mundaka, 1er Khandashruti 1 ; Shwêtâshwatara Upanishad, 4ème Adhyâyashruti 6), et aussi les « deux qui sont entrés dans la caverne » (Katha Upanishad, 1er Adhyâya, 3ème Vallîshruti 1) ; la « caverne » n’est autre que la cavité du cœur, qui représente précisément le lieu de l’union de l’individuel avec l’Universel, ou du « moi » avec le « Soi » (voir L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III). – El-Hallâj dit dans le même sens : « Nous sommes deux esprits conjoints dans un même corps » (nahnu ruhâni halalnâ badana).
(3) Ceci repose sur un hadîth du Prophète qui, au retour d’une expédition, prononça cette parole : « Nous sommes revenus de la petite guerre sainte à la grande guerre sainte » (rajanâ min el-jihâdil-açghar ilâ el-jihâdil-akbar).

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LE DRAGON CACHÉ

Un grand signe apparut dans le ciel: c’était une femme enveloppée du soleil, la lune sous les pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête. 2 Elle était enceinte et elle criait, car elle était en travail, dans les douleurs de l’accouchement. 3 Un autre signe apparut dans le ciel; c’était un grand dragon rouge feu, qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes.
4 Sa queue entraîna le tiers des étoiles du ciel et les jeta sur la terre. Le dragon se plaça devant la femme qui allait accoucher, afin de dévorer son enfant dès qu’il serait né. 5 Elle mit au monde un fils, un enfant mâle qui doit diriger toutes les nations avec un sceptre de fer, et son enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône.
6 Quant à la femme, elle s’enfuit dans le désert, où Dieu lui avait préparé une place, afin d’y être nourrie pendant 1260 jours. 7 Il y eut alors une bataille dans le ciel. Michel et ses anges combattirent contre le dragon. Le dragon et ses anges combattirent aussi,
8 mais ils ne furent pas les plus forts, et il n’y eut plus de place pour eux dans le ciel.
9 Il fut jeté dehors, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui égare toute la terre; il fut jeté sur la terre et ses anges furent jetés avec lui.
10 Puis j’entendis dans le ciel une voix forte qui disait: «Maintenant le salut est arrivé, ainsi que la puissance, le règne de notre Dieu et l’autorité de son Messie. En effet, il a été jeté dehors, l’accusateur de nos frères et sœurs, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu.
11 Ils l’ont vaincu grâce au sang de l’Agneau et grâce à la parole de leur témoignage, et ils n’ont pas aimé leur vie au point de craindre la mort.
12 C’est pourquoi réjouis-toi, ciel, et vous qui habitez le ciel. Mais malheur à vous, habitants de la terre et de la mer, car le diable est descendu vers vous, animé d’une grande colère, sachant qu’il lui reste peu de temps.»
13 Quand le dragon vit qu’il avait été précipité sur la terre, il poursuivit la femme qui avait mis au monde l’enfant mâle. 14 Mais les deux ailes du grand aigle furent données à la femme, afin qu’elle s’envole au désert, vers l’endroit où elle doit être nourrie un temps, des temps et la moitié d’un temps, loin du serpent.
15 Alors le serpent vomit de sa gueule comme un fleuve d’eau derrière la femme, afin qu’elle soit entraînée par le courant.
16 Mais la terre secourut la femme: elle s’ouvrit et engloutit le fleuve que le dragon avait lancé de sa gueule. 17 Furieux contre la femme, le dragon s’en alla faire la guerre au reste de sa descendance, à ceux qui respectent les commandements de Dieu et qui gardent le témoignage de Jésus.
18 Et je me tins sur le sable de la mer.

La femme, le dragon et l’enfant (Apocalypse 12.1-18)
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L’homme véritable et l’homme transcendant selon la Tradition

La production des cercles selon Ibn Arabi

 

Dans ce qui précède, nous avons parlé constamment de l’« homme véritable » et de l’« homme transcendant », mais il nous faut encore apporter à cet égard quelques précisions complémentaires ; et, tout d’abord, nous ferons remarquer que l’« homme véritable » (tchenn-jen) a été lui-même appelé par certains « homme transcendant », mais que cette désignation est plutôt impropre, puisqu’il est seulement celui qui a atteint la plénitude de l’état humain, et que ne peut être dit véritablement « transcendant » que ce qui est au-delà de cet état. C’est pourquoi il convient de réserver cette dénomination d’« homme transcendant » à celui qu’on a appelé parfois « homme divin » ou « homme spirituel » (cheun-jen), c’est-à-dire à celui qui, étant parvenu à la réalisation totale et à l’« Identité Suprême », n’est plus à proprement parler un homme, au sens individuel de ce mot, puisqu’il a dépassé l’humanité et est entièrement affranchi de ses conditions spécifiques (1), aussi bien que de toutes les autres conditions limitatives de quelque état d’existence que ce soit (2). Celui-là est donc devenu effectivement l’« Homme Universel », tandis qu’il n’en est pas ainsi pour l’« homme véritable », qui est seulement identifié en fait à l’« homme primordial » ; cependant, on peut dire que celui-ci est déjà tout au moins virtuellement l’« Homme Universel », en ce sens que, dès lors qu’il n’a plus à parcourir d’autres états en mode distinctif, puisqu’il est passé de la circonférence au centre (3), l’état humain devra nécessairement être pour lui l’état central de l’être total, bien qu’il ne le soit pas encore d’une façon effective (4).

L’« homme transcendant » et l’« homme véritable », correspondant respectivement au terme des « grands mystères » et à celui des « petits mystères », sont les deux plus hauts degrés de la hiérarchie taoïste ; celle-ci comprend en outre trois autres degrés inférieurs à ceux-là (5), qui représentent naturellement des étapes contenues dans le cours des « petits mystères (6) », et qui sont, dans l’ordre descendant, l’« homme de la Voie », c’est-à-dire celui qui est dans la Voie (Tao-jen), l’« homme doué » (tcheu-jen), et enfin l’« homme sage » (cheng-jen), mais d’une « sagesse » qui, tout en étant quelque chose de plus que la « science », n’est pourtant encore que d’ordre extérieur. En effet, ce degré le plus bas de la hiérarchie taoïste coïncide avec le degré le plus élevé de la hiérarchie confucianiste, établissant ainsi la continuité entre elles, ce qui est conforme aux rapports normaux du Taoïsme et du Confucianisme en tant qu’ils constituent respectivement le côté ésotérique et le côté exotérique d’une même tradition : le premier a ainsi son point de départ là même où s’arrête le second. La hiérarchie confucianiste, de son côté, comprend trois degrés, qui sont, dans l’ordre ascendant, le « lettré » (cheu) (7), le « savant » (hien) et le « sage » (cheng) ; et il est dit : « Le cheu regarde (c’est-à-dire prend pour modèle) le hien, le hien regarde le cheng, le cheng regarde le Ciel », car, du point-limite entre les deux domaines exotérique et ésotérique où ce dernier se trouve placé, tout ce qui est au-dessus de lui se confond en quelque sorte, dans sa « perspective », avec le Ciel lui-même. Lire la suite

La grande parodie ou la spiritualité à rebours

(Bien que l’ayant déjà publié, je vous invite à relire de nouveau cet article éclairant. De fait, j’invite tous les lecteurs à lire ce livre qui est d’actualité.) 

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Par tout ce que nous avons déjà dit, il est facile de se rendre compte que la constitution de la « contre-tradition » et son triomphe apparent et momentané seront proprement le règne de ce que nous avons appelé la « spiritualité à rebours » qui, naturellement, n’est qu’une parodie de la spiritualité, qu’elle imite pour ainsi dire en sens inverse, de sorte qu’elle paraît en être le contraire même; nous disons seulement qu’elle le paraît, et non pas qu’elle l’est réellement car, quelles que puissent être ses prétentions, il n’y a ici ni symétrie ni équivalence possible. Il importe d’insister sur ce point car beaucoup, se laissant tromper par les apparences, s’imaginent qu’il y a dans le monde comme deux principes opposés se disputant la suprématie, conception erronée qui est, au fond, la même chose que celle qui, en langage théologique, met Satan au même niveau que Dieu, et que, à tort ou à raison, on attribue communément aux Manichéens; il y a certes actuellement bien des gens qui sont, en ce sens, « manichéens » sans s’en douter, et c’est là encore l’effet d’une « suggestion » des plus pernicieuses. Cette conception, en effet, revient à affirmer une dualité principielle radicalement irréductible ou, en d’autres termes, à nier l’Unité suprême qui est au delà de toutes les oppositions et de tous les antagonismes ; qu’une telle négation soit le fait des adhérents de la « contre-initiation », il n’y a pas lieu de s’en étonner, et elle peut même être sincère de leur part puisque le domaine métaphysique leur est complètement fermé ; qu’il soit nécessaire pour eux de répandre et d’imposer cette conception, c’est encore plus évident, car c’est seulement par là qu’ils peuvent réussir à se faire prendre pour ce qu’ils ne sont pas et ne peuvent pas être réellement, c’est-à-dire pour les représentants de quelque chose qui pourrait être mis en parallèle avec la spiritualité et même l’emporter finalement sur elle. Lire la suite

Les méfaits de la psychanalyse

Si de la philosophie nous passons à la psychologie, nous constatons que les mêmes tendances y apparaissent, dans les écoles les plus récentes, sous un aspect bien plus dangereux encore, car, au lieu de ne se traduire que par de simples vues théoriques, elles y trouvent une application pratique d’un caractère fort inquiétant ; les plus « représentatives » de ces méthodes nouvelles, au point de vue où nous nous plaçons, sont celles qu’on connaît sous la désignation générale de « psychanalyse ». Il est d’ailleurs à remarquer que, par une étrange incohérence, ce maniement d’éléments qui appartiennent incontestablement à l’ordre subtil continue cependant à s’accompagner, chez beaucoup de psychologues, d’une attitude matérialiste, due sans doute à leur éducation antérieure, et aussi à l’ignorance où ils sont de la véritable nature de ces éléments qu’ils mettent en jeu 1 ; un des caractères les plus singuliers de la science moderne n’est-il pas de ne jamais savoir exactement à quoi elle a affaire en réalité, même quand il s’agit simplement des forces du domaine corporel ? Il va de soi, d’ailleurs, qu’une certaine « psychologie de laboratoire », aboutissement du processus de limitation et de matérialisation dans lequel la psychologie « philosophico-littéraire » de l’enseignement universitaire ne représentait qu’un stade moins avancé, et qui n’est plus réellement qu’une sorte de branche accessoire de la physiologie, coexiste toujours avec les théories et les méthodes nouvelles ; et c’est à celle-là que s’applique ce que nous avons dit précédemment des tentatives faites pour réduire la psychologie elle-même à une science quantitative.
Il y a certainement bien plus qu’une simple question de vocabulaire dans le fait, très significatif en lui-même, que la psychologie actuelle n’envisage jamais que le «subconscient», et non le « superconscient » qui devrait logiquement en être le corrélatif; c’est bien là, à n’en pas douter, l’expression d’une extension qui s’opère uniquement par le bas, c’est-à-dire du côté qui correspond, ici dans l’être humain comme ailleurs dans le milieu cosmique, aux « fissures » par lesquelles pénètrent les influences les plus « maléfiques » du monde subtil, nous pourrions même dire celles


1 Le cas de Freud lui-même, le fondateur de la « psychanalyse », est tout à fait typique à ce point de vue, car il n’a jamais cessé de se proclamer matérialiste. – Une remarque en passant : pourquoi les principaux représentants des tendances nouvelles, comme Einstein en physique, Bergson en philosophie, Freud en psychologie, et bien d’autres encore de moindre importance, sont-ils à peu près tous d’origine juive, sinon parce qu’il y a là quelque chose qui correspond exactement au côté « maléfique » et dissolvant du nomadisme dévié, lequel prédomine inévitablement chez les Juifs détachés de leur tradition ?


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