Histoire d’un frère et d’une sœur (10)

Rubaiyat of Omar Khayyam illustrated by Niroot PuttapipatIllustration de Niroot Puttapipat

Tu as raison mon frère, et je ne manque pas de te voir, en silence partagé, est-il un Autre que Toi ? Tel ruisselle Le Réel. Je te retrouverai mon frère, quand même tu ne le sais pas. Je t’ai toujours trouvé en chacun de mes mots et je marche avec toi mon frère, car si je ne te voyais pas, je ne saurais pas voir. Te souviens-tu des coteaux qui bordaient de grappes légères nos mains enfantines ? Nous avons bu en ce soleil, lors qu’au Zénith, le grain devenait perle d’émeraude, et nous avons goûté à la mer, mon frère. Elle chevauchait au loin. J’ai gravi les escaliers en solitaire, et sur les toits, je volais vers toi, car, la lune me donnait entière à la souveraineté du moment. Seul le sable devenait les paysages de la nuit suspendue en la danse des étoiles. Sois assuré, mon frère que je ne t’oublie pas. Des brumes matinales, je respire par petite gorgée les noces stellaires et le ciel à peine ombré de la veille. J’ai parlé à mon frère, et soudain, il était tous les frères que je voyais au loin. Peut-être ai-je été maladroite et c’est aux heures de prières que la petite flamme vacille et me rappelle qu’il est l’heure de suivre quelque chemin. Du parfum, il est celui de la mer qui joue avec le ciel et c’est au loin, très au loin que quelques larmes s’écrasent sur le seul grain. L’as-tu ressenti ? Le cœur en frémit et de la suée de notre distance, c’est la promesse d’une fleur éclose à l’haleine de ta présence. Le matin se fait tout petit tandis que chante le chardonneret. Il a empli l’arbre de l’effusive contemplation. Ne m’en veux pas mon frère, car, je suis fatiguée. Sur le sable, sont-ce tes traces ? Soudain, le vent est léger et la mouette passe. Alors, au pied de l’arbre, quelqu’un s’est assoupi. Je sais qu’en ton exaltation, il est une sorte d’Amour qui se veut éclabousser l’amertume et d’elle en faire jaillir La Source de ta prunelle. Là-bas, lors que tu veilles sous L’Arbre, je fais quelques pas de danse et je te souris.

Histoire d’un frère et d’une sœur (9)

Il est un crépuscule dont Le Soleil est sans fin à caresser l’horizon, lors que du Temps, nous enfilons, non pas les souvenirs, mais bien les perles de La Présence et il me plait, mon frère, de t’offrir cette quintessence, lors que Le Cœur est en Lui, détention suprême. Tu nous as donné à rire de nombreuses fois, lors que ton propre rire retentissait en L’Echo du précédent. Il s’agissait vraisemblablement d’une cascade et je l’entends encore rutiler de joie.

Yuri Kugach. In love with this "Women Who Read (Art)" pin board....

Peinture de Jurij Petrovič Kugač (1917-2013)

 

Je n’ai écarté aucune possibilité et c’est non pas en la pensée, mais au creux de La Main ardente que se posent les lèvres de la fraternité. Je n’ai éludé aucun des moments qui s’offraient en Ton Jaillissement : temps suspendu, fragmenté, temps interrompu, temps relié, temps du Hors-Temps. Comme la poussière des villes est terne, lourde et affligeante de négation. Comme l’effervescence se vient heurter incessamment le vide, le voulant le camoufler de vertiges fantomatiques. Mais, il s’agit bien pourtant de cette poussière mordante, qui nous rappelle à la vie, inoculée des troubles de toutes sortes, élargissant les lumières de la fraternité, mais plus encore, nous laissant hébétée. Mon frère, le sentier est de poussière d’or, et l’âme s’élève aux frémissements des branchages, lors qu’au silence de la solitude, l’enfant est soudain suspendu par le mouvement. Ô subtil mouvement, subtil et presque imperceptible ! Il n’est aucune interruption en l’innocence des yeux, épousant chaque balancement d’un Hors-Temps et c’est bien là, oui, là, que « je » sait. Il n’est plus ni père, ni mère, ni frères, ni sœurs, mais Le Rendez-vous sauvage et Ô mon frère, nous nous retrouvons et je tends les mains vers toi. Je suis sans crainte, en me glissant dans le délicieux plumage de L’Oie Marguerite et je ne bouge plus, craignant qu’un rien ne vienne rompre le doux sortilège. Et je chante à tue-tête dans la nuit de l’hiver, car les étoiles me donnent ce vertige. Je me fonds en la nuit, amoureuse du Ciel. Quelques enfants me suivent et se mettent à chanter. Clameur ! Ô Spontanéité ! Ô Joie ! Dès mon plus jeune âge, j’enroulais à mes doigts l’exaltation, Amour vaste qui se refusait à cogner à aucune espèce de réduction. Océan ! Océan ! Océan ! Lune éclatante que je caresse et retiens un moment sur mon cœur. Le Soleil m’intrigue et au balancement des majestueux peupliers, je ne sais plus qui est qui. Nos têtes se sont touchés, penchés que nous étions sur des textes parallèles, et nous plongions dans la concrétude qui ne donne ni son nom, ni son origine, lors que bien plus tard, j’embrasse la fleur de l’églantine et que je m’émerveille longuement des abeilles qui la butine. Nous restons durant des heures, fascinés par les boutons de fleurs sauvages. Les genêts annoncent l’été florissant tandis que les herbes folles autour des champs de blé, ces fétuques, nous frôlent nos petites chevilles. Ne t’ai-je pas dit : j’ai six ans ?  Ne t’ai-je pas dit : Je t’ai toujours attendu ? Nous avons marché, si proche en nous pensant si loin et nous levions à l’unissons le même regard, nourrissant le même esprit. Je t’ai appelé « Homme », et je sentais l’odeur, ce parfum qui nous dévoile tant de choses. Nous n’avons pas couru comme des fous sur les chemins de campagne, ni avons lu tous ces livres, ni veiller tard dans la nuit en vain. Nous n’avons pas répondu à L’Appel, ni ne nous sommes laissés impacter par les questions en vain. Or, qu’est-ce donc que cet Appel si ce n’est celui de l’âme et qu’est-ce donc que L’Âme si ce n’est L’Amour ? …

Histoire d’un frère et d’une sœur (8)

tauchner:  Christian SchloePeinture de Christian Schloe

 

Lorsque La Lune devient Le Visage arrondie de La Nuit, que se fluidifient les lumières du voyageur, qu’apparaît l’étincelance des yeux où baignent les nues flottantes sur ton doux sillage, alors La naissance d’un autre monde rattrape tous les autres mondes, et c’est le Temps, ici, en ce Prétexte, lors que le Soleil fuse en Elle, Ô Lune, lors que L’Esprit s’aiguise aux Aubes clarifiantes, aux prières de Ta Singularité, en l’oraison qui voyage jusqu’aux coteaux, que le visage resplendit bien du Voile des transparences et c’est depuis le cœur que jaillissent les perles de rosées. Sache « qu’Il est Lumière des Cieux et de La Terre », et qu’en son messager est une aspiration qui brûle du feu qui ne jamais consume ni ne jamais déchire, lors que l’étreinte devient L’Unique Éloge. Vole ma douceur, Colombe de mes tremblants souffles, vole en Lui, de sorte que rien ne reste épars ! Rassemble donc de Ton Aile large de Bonté les effluves de La Souvenance !

La nuit est tombée sans que rien ne vienne troubler son silence et c’est en rapprochant la chandelle que mon cœur danse au son de tes mots, car ils voyagent sans cesse, en L’Echo de nos mains devenues Le Pont de Reliance. As-tu entendu cette enfant qui gambade légère au vent et court vers sa petite sœur, l’enlace et lui dit les paroles du pudique amour ? Je t’attends sous les branches qui se penchent et nous marchons lentement, dans le bruissement des herbes folles. Parfois, je t’entends sursauter en émettant de petits cris que les orties arrachent à la nuit de notre escapade. Tu me fais le récit de tes nuits d’été, loin dans la forêt qui vient nous visiter et je vole vers mon frère, lors que la chandelle éclaire les quelques pages d’un livre qui me font basculer en la féerie des légendes. Les lucioles font des farandoles de lumières étonnantes et le chemin soudain s’ouvre sur les symphonies nocturnes. Les mondes sont parallèles de notre Amour que brode Le Temps et qui le relie à l’instant. Parle-moi encore de vos escapades et de vos jeux énigmatiques, lors que le trésor est sans doute au bout d’une réponse insolite ! Je t’écris : Mon frère, compagnon de mes promenades au silence du zénith retentissant, je suis là, tout près de l’églantier dont les fleurs subjuguent mon regard, et c’est l’âme qui vibre toute entière d’une étrange douceur. Je cueille leur baiser diffus et mes lèvres tremblent des parfums subtils de leur velours. Je dessine assidûment tous les jours ces fervents pétales et je touche de mon pinceau la fleur délicate, telle une caresse poudrée de rose vif. Mon frère, le soleil me retient immobile, semblable au souffle suspendu, et je n’ai plus de mots, car la chaleur est enveloppante. Je n’ose bouger, tandis que je vous entends vous épancher bien plus loin, au fond de la forêt, éclairés, tous, par le feu joyeux de l’estivale nuitée. Comment donc se prénomme celui qui marche dès l’aube, durant de longues heures, afin de ramener le pain au camp des garçons affamés ? Je vous ai entendus, très furtivement, car je me suis cachée dans les fourrés. Il n’est pas question que l’on me surprenne ! J’ai mis trop de temps pour vous rejoindre et j’étouffe un petit rire de la main, car, je sais bien que vous êtes de durs gaillards qui défendez farouchement votre territoire. Mon frère, tu me tiens par le bras, presque à la sauvette, et nous marchons tous deux d’un bon pas. La nuit est douce. Le vent est léger et nous ceint de sa bienveillance. Je cueille quelques mûres et nous rions. Hier, j’ai embrassé un arbre, et la sauterelle, la grande verte, n’a pas bronché. Elle était toute vaillante de beauté magistrale et je l’ai caressée, lentement. Un papillon de délicates couleurs, d’un blanc et d’un noir velours est resté au creux de ma main et je me suis souvenue de cet autre papillon qui palpitait d’amour sans vouloir plus s’en aller. Nous parlons aux bêtes et elles nous entendent. Nous parlons aux arbres et ils nous répondent. Rien n’est figé et tout est vrai de Réalité déconcertante. Le ruisseau nous confie d’étranges secrets et lors que la lune chante, je sais que mon frère est là, sous un peuplier, et que les branches s’inclinent et que les feuilles sont, de grâce, vibrantes. Alors, la lumière nous submerge entièrement et c’est de gratitude que l’on s’exclame : Merci ! Merci ! Merci !

 

Résultat de recherche d'images pour "moonlight"Peinture de Félicia Olin

Histoire d’un frère et d’une sœur (7)

Peinture de Christian Schloe

 

Mon frère, celui que je vois en ce chemin depuis tant d’années, lors que nos pas se croisent en notre regard, vois-tu les bruyères qui caressent tes jambes ?
Les vignes sont savoureuses de ton attention qui les fait pendre le long d’un muret.
Des mûres que nos doigts souvent bien éprouvés, cueillent, des pieds qui nous écorchent des ronces que les talus nous cachent, et nous voilà à goûter la générosité de la nature.
J’écoute ton cœur battre à l’unisson des roches qui bordent l’eau.
Je saute gaiement en ces ruelles de Paris, tous les dimanches, dès l’aube, et j’attends que papa et maman me rejoignent.
Je sais qu’inévitablement, nous aurons du pain tout chaud et des croissants.
Je réalise que tu me souris, puis tu presses le pas.
Tu es déjà loin.
Je te dis : je t’ai vu !
Je ne t’oublie pas.
J’ai placé dans les poches de mon gilet les pierres blanches de mes souhaits.
Je les réserve pour un après.
Mon frère, tu marches si vite en balançant ton manteau.
Je reste bouche-bée.
Je te vois soudain voler au dessus des toits et poursuivre une mouette.
C’est en levant mon regard que je vois ce morceau du ciel et je souris.
Mon frère, te dis-je, nous nous retrouverons, je le sais.
Tu éclates de rire et je suis pliée en deux !
Nous avons ri des souvenirs du Présent qui enlacent éternellement Le Temps.
Je t’ai vu jusqu’au septième ciel des ardoises parisiennes.
C’est là que nous fixons tous deux une Tour Eiffel qui s’évade des rues éclairées. Elle m’a confié qu’elle était fatiguée et qu’elle rêvait d’un repos bien méritée dans quelque campagne lointaine. « J’aimerais que l’on me laisse tranquille : je n’en puis plus de ces hideux ondoiements d’un si mauvais goût. Sommes-nous à Las Vegas? »
Alors, je lui ai murmuré, au plus secret de son sommet : « Ne t’inquiète pas, ferme les yeux et laisse-toi juste emportée par le Ciel. Tu en as de la chance. Tous ces nuages qui dansent et font d’étranges tracés. J’ai vu aussi mon frère te saluer les jours de pluies. Si mon frère te regarde, tu es belle à mes yeux de son plein regard ! »
Lors que je suis assise dans le métro, je me sens bercée par les roues qui frottent les rails. Je ne sais pas ce que c’est. Je suis Papa qui me tient par la main. Je le suis partout.
Nous dévalons les escaliers et je me sens comme une feuille d’automne qui tournoie au vent. Mon frère, ta petite sœur s’étonne de tout. Une fois assise, j’aimerais que le métro nous emmène loin. Il s’enfuirait des tunnels sombres et je te rejoindrais et nous ririons encore de l’extraordinaire sortilège. Du bout des doigts, je laisse se dessiner toutes ces histoires que mon esprit chevauche.
Je te retrouve près de cet arrêt de bus.
Tu ne me vois plus.
Je te fais un petit geste.
Comment ?
Tu as oublié ta petite sœur ?
Je ne peux m’empêcher de te suivre.
Je me fais toute petite.
Tu as disparu au coin de la rue.
Je m’assois à la fenêtre grande ouverte et j’attends papa qui rentre du travail, bientôt.
Je reste ainsi sans bouger durant des minutes qui deviennent des univers entiers.
Je regarde les quelques passants.
Juste en face, une épicerie attire mon regard : je vois de la verdure sur les étalages.
Mon frère !
Te voici à entrer et tu en ressors si vite, que j’ai à peine le temps de te reconnaître.
Mon frère !
Te souviens-tu de mes pas sur les quais de la Seine ?
Je plonge avec un tel émerveillement dans le monde des bouquinistes.
Toutes ces gravures me parlent d’un autre temps que je pressens, et tout en marchant lentement, j’aperçois de temps à autre La Seine qui miroite des effets du soleil.
Mon frère, te conterai-je ce Paris surréel que nous avons traversé une nuit ?
Tu me tiens la main, et nous allons si vite, que je me sens trotter à tes côtés.
Ce Paris qui écorche notre vue des étranges ombres qui ressemblent à de terribles silhouettes fantomatiques.
Je me sens si mal de perdre Paris, celui de mon enfance contemplative, lors que tout est encore lent de La Vie Présente…

( à suivre )

Histoire d’un frère et d’une sœur (6)

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Je n’ai pas su franchir Le Pont vers Toi, en Ton Unicité de L’Amour, sans passer par le Pont de Ta Descente.
C’est là que j’ai à chaque pas connu Les fleuves de Ton Augural Désir.
Il s’est mis à contempler les effets de La Présence, et là, il s’est trouvé Les Lumières d’un Autre Monde.
Il est une onde imperceptible qui agite Les feuillets de Soie que sont Les vagues de Ton Palais.
Je n’ai pas osé poser le pas en Ton Miroir de pur Cristal.
Je me suis drapée des voiles de Ta Pudeur.
Le Toucher de Ta Grâce est devenu ces ondoiements qui tantôt me ravagent et tantôt me laissent en ce suspens des flux Vénusiens.

Il en est un qui est L’Ami et jamais je ne l’oublie.
Il emplit mon horizon et il emplit ma vie.
Elle n’était pourtant pas vide, mais vidée de moi.
Que s’est-il passé pour que je le voie,
Lui rempli de moi, et que je danse ainsi ?
Il est mon frère qui me tient la main.
Je marche en suivant ses pas, et je ne pense pas.
Je suis le papillon qui s’extrait de cette nuit.
T’en souviens-tu ?
A veiller dans les secousses de mes prières, il est venu et s’est posé sur la main offerte en Toi.
Il est un autre qui de mon bras s’échappa.
Du bleu le plus profond, il s’est évanoui en moi.
Les mots se cherchent depuis les cimes de tous mes états.
J’épouse chaque ligne qui s’inscrit en L’Azur de notre Livre.
J’embrasse chaque feuillet et devant Le Calame, je suis en une Révérence.
Je bénis Le Ciel de nous avoir unis, et je tremble de L’Oraison qui fait Sa Loi.
J’ai prié tant de fois, et je me voulais juste fondre en L’Éthéré, voler sans jamais plus me poser.
Le visage est celui qui me fait face et je vois La Sublimité !
Comme Celui qui crée est Celui qui me fait voir.
Je vois.
Mon Face à Face.
Douceur de La Vision du Bien-Aimé !
Chaque moment est l’effleurement d’une Onde qui se féconde en Ta Présence.
Les secrets de La Fraternité sont les doux bruissements de notre complicité.
Mon autre Monde, Ô Toi, cet Autre Monde que je vis en Toi et en moi.
Il est un chemin de vallons verdoyants et de bocages vivants.
Les grillons chantent.
Nul ne les voit vraiment, pourtant leur chant est entêtant.
Le tapis de verdure est riche de tout ce monde invisible.
L’étendue est à révéler ce que l’on ne soupçonne pas.
Peu importe ce qui se dit.
Voici mon frère.
Il est à lever le bras très haut et il embrasse Le Ciel.
Je l’ai vu.
Chaque souffle de son incandescence est aussi l’innocence de mes rencontres, en ce petit pas.
J’ai filé sur Le Pont que l’on ne voit pas et soudain, près de la Fontaine, il se tient comme proche et loin tout à la fois.
Je l’ai regardé longtemps depuis le jour que je l’attends au milieu des bois.
J’ai bien fait attention où je posais le pied.
Des petites fleurs que l’on ne pourrait plus voir tant elles sont les pâquerettes que l’on ne voit pas.
Des fleurs des fraises de bois.
Bonne nouvelle mon frère : les capucines poussent très bien dans notre Jardin.
J’ai lancé au Ciel : Ceci ne périra jamais en mes yeux qui le savent !

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Blason de Blarians (Bourgogne-Franche-Comté)

Recueil d’un frère et d’une sœur ( 5 )

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       Peinture de William Bouguereau (1825-1905)

.La douce sérénité d’une Brise est devenue Le Semblable.
Les demeures sont les visitations de chacun de nos souffles.
Plaise à mon Frère de savoir que Le Cœur de La Rencontre est tel un oiseau dont la poitrine s’est embrasé.
L’Ami de mon Âme, cette fraternité a les saveurs de la douceur d’un printemps et l’intensité d’un été enfiévré.
Le feu est tel que nous sommes à voler au-dessus des océans de La Quiddité.
Ce sont les vagues qui ne jamais s’échouent, puisqu’elles sont à jaillir jusqu’au Plérôme de notre Amour.

Tu as gravi cette petite colline et la généreuse présence des genêts a chatouillé tes narines quêteuses.
As-tu vu comme tout se suspend en son sommet ?
Le Vent frémit des rosées que le matin a déposées.
L’enfant sourit, grisé des rayons d’un soleil puissant.
Es-tu à plisser les yeux et te protéger en cette visière que forment tes mains ?
Je l’ai vue.
Elle est si belle et je suis à l’admirer.
Jamais mes yeux n’ont pu la quitter.
Durant des heures, je voyage sur les arcs de ses sourcils si bien dessinés.
Ils sont du velours de l’ébène.
Son nacre de visage est si blanc que je suis éblouie.
Elle a les gestes de la pureté et la douceur d’une mère adulée.
Chacun de ses mouvements est à me transporter de sa grâce précieuse.
Son petit corps est de délicatesse et de profondeur.
Lors qu’elle est à ouvrir l’armoire, je suis en ce monde des parfums.
Est-ce le coffre des mille et une nuits ?
Ses mains bienveillantes plient le linge.
Je m’évanouis en elle.
N’est-elle pas un océan de tendresse ?
Mon frère, je perçois un léger sursaut.
Tu es en ton effacement comme troublé.
Je me cache au fond du tablier et je te chante une berceuse.
Parfois, nous sommes à pleurer ces lointaines froideurs d’un foyer.
Ou bien est-ce simple Destinée ?
Le bruit de la cuisine a ses repères et chaque geste est une histoire que tu vas me conter.
Je t’écoute.
Je suis là.
Mon frère, je suis tout en haut et la colline est ce singulier appel.
Je suis à visiter tes questionnements et à te murmurer : n’oublie rien !
N’oublie rien et fais-moi le récit de ces moments que tu vis en ton intériorité.
Mentionne à ta petite sœur tes promenades dans les champs de notre enfance commune.
Parle-moi des violettes et de l’aubépine.
N’oublie pas le prunellier, ni le châtaigner, ni même les fétuques qui caressent nos mollets.
Te souviens-tu de l’anémone ?
Combien de fois l’églantier s’est-il paré de nos baisers juvéniles ?
Combien de fois étions-nous la rivale d’une abeille qui se voulait butiner ces rosiers sauvages ?
Le sirop d’érable devenait nos goûters improvisés.
Ta petite sœur s’est souvent nourrie à la généreuse nature qu’elle ne voulait plus quitter.
Même les petits cailloux devenaient ses bonbons préférés.
Il est des larmes qui ne savent pas couler depuis les abîmes de nos escapades.
Elle est encore présente de l’effluve maternel.
Je suis sur le chemin de l’école et c’est la lune qui m’appelle.
Je ne sais pas pourquoi, mais je suis en elle.
Je ne connais aucune séparation.
Elle est déjà à me faire le récit d’autres contrées.
Je voyage d’étoiles en étoiles et caresse leur scintillement.
Mon frère, tu as ramassé les petits cailloux qui font ce chemin.
Je t’ai retrouvé depuis le jardin de ton intimité.
Je suis à te regarder.
Ne suis-je pas entrée avec toi en ce lieu qui est ta classe ?
Souvenir ineffable et indélébile.
Je suis à te souffler : je suis là.
Je ne lâche pas ta main.
Nous allons bientôt nous retrouver.
Et nous serons assis à l’ombre d’un chêne.
Tu me parleras des fées que j’étais à nommer.
Prends cette confiture des bois, fruit de la cueillette de nos discrètes gourmandises.
Sais-tu que j’ai planté des fraisiers et que j’ai laissé le merle les manger ?
Je venais le surprendre et lui souriais : « Merle de mon Aube, tout en ce Jardin est à toi.
Tu es si beau à chanter ! »
Le merle a ri souvent.
Jamais, il n’a tout mangé.
Nous avons partagé.

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Voir aussi Noblesse et Art de l’écu

 

Histoire d’un frère et d’une sœur ( 4 )

                                                                                 Peinture de  Duy Huynh

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Et voici, que dans la chambre de L’Aimée, il est à se dévoiler Son Visage.
Les Chants de Sa Beauté sont les mélodies de Sa Singularité.
Reconnais-Les par les perpétuelles renaissances.
C’est en ce bruissement que se sont révélées les effusions de La Présence.
Ne pense que jamais Cela puisse s’épuiser, ni que L’Enivrement soit passager.
Même si Le Corps a sa lassitude, il est un Feu que seule La Flèche de L’Amour transporte en sa fièvre.
Dès le début, L’Archer sait tendre son arc.
Il a fermé les yeux en cette intensité.
La cible a attiré la flèche.
Sois-en sûr.
Nous ne sommes plus de ce monde.
Les Sphères sont des cercles concentriques.
Le baume sur les plaies sont Éternité d’un Seul Amour.

Mon Frère, je me suis introduite dans le vestibule qui grelotte un peu.
Tu es silencieux car la main est si précieuse de son attention.
Je t’ai entendu lui dire : pourquoi suis-je ainsi à t’écouter et encore t’écouter ?
La nuit enveloppe la maisonnée.
Tu es si plein de prévenance, mon grand-père !
Tu es aussi d’un Autre Monde !
La maison est pleine de tes paroles que tu répètes inlassablement :
– Es-tu bien ?
Mon frère a les yeux grands ouverts.
– As-tu assez de place dans le lit ?
Ses paroles sont une douce litanie.
Sa voix est un rythme qui berce ton cœur.
– As-tu assez de couverture ?
L’enfant est émerveillé de tant de prévenances.
L’enfant aimerait dormir sans ne plus rien savoir.
Les doigts filent sur le piano.
Ils ne voudraient jamais s’arrêter.
Chaque touche est un univers qui se dévoile.
Chaque note est un voyage au plus profond de l’Indicible.
Mon frère, je t’ai emmené dans cette petite maison qui sent l’eucalyptus.
Personne n’y entre plus jamais.
Les persiennes sont fermées.
Le soleil est intense.
La chaleur est timide et s’immobilise au seuil de la porte-fenêtre.
Les doigts courent sur le piano.
Mon frère, je suis déjà à voyager sur les vagues de l’Océan illimité.
Le piano tout entier est un navire qui tangue.
Mon cœur est accroché aux vibrations du clavier.
Tandis que ton grand-père se tourne vers toi pour s’assurer que tu vas bien, j’entends mon grand-papa m’appeler.
Je ne veux plus décoller du piano.
La musique m’emporte.
Tout résonne en moi avec une sorte de solennité.
Grand-papa, laisse-moi jouer encore un peu !
Encore un peu.
Je ne veux plus revenir au monde.
Je suis bien ici en ce voyage.
Je suis soudain un oiseau.
Je traverse la mer ensoleillée et je surprends mon frère qui se cache au fond du lit.
Lui aussi ne répond pas à la voix qui le mande partout.
Ne le croit-on pas perdu ?
Laissez-moi !
Oubliez-moi !
Je souffle tendrement sur tes paupières closes et j’embrasse ton âme.
Je te dis : je reviendrai un jour, mon frère. Je serai entière pour toi et nous jouerons encore.
Nous oublierons les moments de solitude, et nous lèverons ensemble le regard pour contempler cette beauté!
Le Ciel a disparu des regards inertes !
Nous sommes à le voir, chacun de notre côté, toi en Occident, et moi, quelque part, en cet Orient.
Nous sommes pourtant Un.
Grand-papa a prié toute la journée et il me fait boire de L’Eau Bénie.
Il me caresse le visage.
Je ne bouge plus.
Grand-papa est beau avec sa moustache si blanche et si lisse.
Il a le regard doux.
Il a le regard  Ailleurs.
Son chapelet glisse avec tant de joie entre ses doigts.
Il me raconte des histoires qui me font tant rire.
Je vais les rapporter à mon frère !
Nous serons à nous plier tous les deux en nous tenant le ventre, n’est-ce pas ?
Je n’ai qu’une hâte : retourner en cette chambre à part qui sent tant le Mystère.
C’est là que se trouve le piano magique.
Plus je joue et plus je vais si loin que je ne sais plus qui je suis.
Mon frère, je vais te montrer les petites fleurs qui sentent bon.
Du chèvrefeuille et du jasmin bordent l’allée étroite.
Je me faufile entre le citronnier et le figuier.
Les feuilles bougent en riant.
Je suis à regarder la mouche qui me fascine.
Ses petites pattes s’activent en une toilette minutieuse.
Mon frère, tu t’es enfin endormi !
Le grand lit en bois grince un peu dans la nuit comme pour conjurer un sortilège.
Demain est un même Jour qui n’a jamais cessé de se déployer !

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Océan sans rivage

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Histoire d’un frère et d’une soeur ( 3 )

                                                                                    Illustration de  Inge Löök

C’est être en cet accord secret, que sont à se recueillir, en L’Esprit d’immédiateté, les flux abondants de La Juste Présence.
Vois comme les effluves viennent de cette extinction, lors que Rien s’efface et que Tout apparaît.
C’est en ce bruissement pur du moment que sont à éclore les vagues de L’Êtreté.
Vois comme Cela Se fait une Révérence et comme Cela est à Se laisser regarder.
Les yeux sont grands ouverts devant les jaillissements de Son Essence.
Je ne soufflerai pas le Mystère.
Je ne Le divulguerai pas.
Je Le laisserai juste Être.
Il est là.
Se révélant en Sa Juste Grâce.
Se cherchant en Son occultation.
Se reconnaissant en Sa Vibration.

Mon frère, seize années de ma vie se sont écoulées.
Je suis en cette chambre, dans la pénombre d’un hiver.
Au loin, des lumières scintillent et j’entends le bruit des gens qui s’animent à travers ces vitres.
Il est alors à se vivre cette cruciale plongée et je me sens à la fois être et disparaître.
Le vide m’étreint et me glace.
Il est à me dire des choses que je sais se bousculer en cette effervescente intensité.
Le froid est soudain comme mille étendues qui appellent les profondeurs, ces profondeurs que l’on sait avoir un sens, être aussi une beauté qui tremble et qui n’a qu’un Nom.
Il  veut jaillir.
Je ne Le laisse pas.
Il est si Grand, qu’Il ne peut apparaître.
Ce n’est pas encore le moment.
Le regard a plongé si loin qu’il en revient avec une force qui lui donne toute la Vie, toute Sa Puissance Universelle.
Mon frère.
Je me voulais te rejoindre.
Tu es si loin que je n’ose pas te toucher.
Et comment cela se peut-il être ?
Mille voiles nous séparent encore.
Le temps s’est plié en ce souffle que j’ai retenu.
Tu as levé la tête.
Mille voiles et ce sont eux qui nous rapprochent.
La nuit m’a enveloppée.
J’aimerais encore jouer sur le bord des trottoirs.
Nous chantions et faisions des rondes.
Je devenais ce coq que tu plaçais à l’arrière de ton vélo, aménagé de quelques bâtons.
Entre nous, je faisais le fier, et gardais bien le torse bombé, pourtant, comme j’avais peur !
Je me suis accrochée de toutes mes griffes.
Ne m’as-tu pas vu rouler des yeux ?
J’ai aimé que tu me promènes partout ainsi.
Les passants souriaient.
Personne ne pouvait se douter que j’étais là.
Même pas toi !
Je t’ai accompagné partout.
Une sœur ne perd jamais de vue son frère.
Je me glissais souvent dans une de tes poches.
Je ne faisais pas toujours le bon choix : elle était la plus part du temps trouée !
Une nuit, en secret, je t’ai emmené jusqu’à ma petite cabane dans l’arbre.
J’avais couché de la bruyère sur le sol, et tressé des feuilles qui devenaient alors des cloisons bien vertes.
Je t’installais près de moi et te lisais les légendes de l’ancien monde.
Puis, au petit matin, je te ramenais chez toi.
Je te quittais avec une nostalgie qui me tenaillait le ventre.
Le vide de toi.
Le plein de toi.
C’est dans le froid de l’hiver que j’avais le plus chaud de nous.
Je courais si vite que tu ne semblais pas me rattraper.
J’avais le souffle coupé !
Je riais pour masquer ma défaite.
Ce jeu de chat qui me laissait toujours comme hébétée.
Des chats, il y en avait partout.
Je me souviens que j’avais une peur bleue de descendre à la cave.
Lors que je m’y rendais, j’appuyais sur tous les interrupteurs pour que la lumière éclaire ce lieu devenu hostile à la nuit tombée.
Des chats noirs bondissaient, leurs yeux jaunes m’impressionnaient.
Je t’ai souvent tenu la main.
Je m’attendais toujours à en voir surgir un.
Tout le long du parcours, je me préparais mentalement : je sais qu’un chat est là. Il va avoir aussi peur que moi. Je le laisserai sauter et il s’enfuira. Il ne peut rien m’arriver de mal !
Je me répétais cela jusqu’au seuil de la porte. Je bloquais ma respiration.
Il y en avait toujours un qui bondissait depuis le rebord de la fenêtre.
Mon frère, si tu savais comme je tremblais de peur !
De grosses larmes roulaient sur mes joues d’enfant.
Je n’ai jamais osé avouer à ma mère que j’étais pétrifiée.
Je me disais qu’elle devait bien le savoir.
La peur s’apprivoise dans le noir d’une cave.
Oh oui, mon frère !
Ta petite sœur a souvent éprouvé ces sortes d’angoisse qui font perler de sueur le front.
C’est sans doute pour cela que nous savons rire aujourd’hui !

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Histoire d’un frère et d’une sœur (2)

jenny-nystromIllustration de Jenny Nyström

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La Lumière a débordé des deux regards qui se rencontrent.
En ces yeux ruissellent les Soleils de L’Autre Monde.
En ce vis à vis, les rayons sont les joies profondes de l’innocence.

J’ai entendu les clapotis de la pluie qui dansaient sur les joues de ma sœur.
Elle a le sourire qui inonde les plaines de mes épanchements étourdis.
Le vent a fait valser les feuilles que l’on caresse et que l’on effeuille avec les doigts maladroits.
Je t’ai vu poser sur chaque nervure, ton souffle délicat et l’interrogé des arcs de tes yeux.
J’ai perçu tes pas contemplatifs sur les sentiers sauvages, que traversaient des lapins égarés.
Les brumes de l’automne matinal t’embrassait du léger frisson.
Ton capuchon en laine te grattait le front.
Tu as couru tant de fois et tu te retournais pour me sourire au vent.
Je sais que je suis ton frère qui te rencontre à l’Aube des firmaments.

J’ai trempé tant de fois les mains dans la glaise froide, et j’ai versé les flaques d’eau en ce pétrissage.
Je me suis assise sur le rocher et je t’ai attendu.
Mon frère.
Compagnon secret de mes incartades.
Je suivais les mouvements obliques et dansant des papillons bleus.
Au creux de la paume, je murmurais les ruisseaux de leur tendresse.
Ils étaient si subtils en leurs ailes de velours, et souvent, j’y sentais la soie de leur amour.
Les herbes faisaient glisser mes chaussettes.
J’ai longtemps observé les dentelles des champignons aux senteurs de la terre amoureuse.
Les châtaignes ont chauffé les mains glacées qui cherchaient à se réfugier dans les poches du manteau.
Au loin, les corbeaux croassaient et déchiraient le silence de la campagne.
Les champs se cachaient sous le manteau de neige.
Mon frère, je t’ai attendu en ce silence.
La Lune s’invitait sous notre regard ébahi.
Comment le ciel noir devenait l’invitation d’un Astre qui luit ?
Tu traînais mon pas sur le sentier du retour et je t’appelais doucement, puisque l’on sait que quelqu’un, là-bas, nous attend.
Je t’ai vu en cet interstice glisser allègrement les collines sur des luges de fortune.
Certains finissaient dans l’eau froide du ruisseau.
Alors, je riais pliée en deux car, combien de fois, ne m’étais-je pas aussi trouvée au fond de l’eau ?
C’est un bain chaud qui nous accueillait à la maison.
N’ai-je pas attrapé un jour, une grosse fièvre après avoir joué dans la neige, sans pouvoir, ni vouloir m’arrêter ?
Bonnet, écharpe et manteau étaient trempés.
Comme était bon le lit, ces jours brûlants d’insomnie !
Comme j’aurais aimé ne jamais plus me réveiller de cet état duveteux.

Tes longs cheveux au vent sont une invitation au voyage incessant.
J’ai pris refuge sous la tente du chaman et me suis laissée grisée par le vol de L’Aigle Puissant.
En volutes éternelles, L’Azur est devenu Le royaume des ailes qui épousent Le Ciel.
Sur les dunes océaniques, le Souffle s’est exacerbé des prières, et toutes les incantations sont devenues Réalité.
Près d’un Rocher bleu, les fleuves ont chanté les scintillements de L’Oraison Céleste.
Depuis les envolées qu’un cheval auguste a permis en L’Ailleurs mélodieux, les mains ont embrassé les nuages qui fuyaient.
La Rose sauvage nous a appelés et nous a offert une Roseraie que seuls les enfants qui gambadent en déchirant leurs vêtements peuvent approcher.
J’ai souri aux gazouillis des oiseaux, et je me suis laissée à voler sur leur dos.
J’ai peint de mon regard leurs ailes.

Aujourd’hui, mon frère, c’est toi qui me cherches.
Je suis sur ce rocher peuplé de mondes féeriques qui se visitent en ces yeux troublés par les larmes de notre absence.
En cette prairie, ne m’oublie pas.
Les voûtes des arbres cérémonieux ont cette révérence que le temps est à magnifier en ce regard des jeux d’antan.

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Océan sans rivage

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oedheim-copyBlason de Oedheim (Bade-Wurtemberg, Allemagne)

Histoire d’un frère et d’une sœur ( 1 )

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Plaise à mon frère de savoir que la Contemplation est antécédente à ce regard.
La glorification des jours simples avait l’effet des nostalgies d’une dévotion Amoureuse.
Les ondoiements du Temps ont leur Noce qui ont lieu en un autre Espace et en un autre Temps.
Peu le savent, car leur yeux collent uniquement à la ligne fixe et horizontale.
Or, il est un oiseau qui épouse chaque mouvement de son Ciel intérieur, et lors que la pupille se dilate des effets de la suprême stupeur, tout devient Présence atemporelle.
Les ailes frôlent les portes de L’Éther et le bec de L’Oiseau recueille une à une les perles de La Sagesse.

En cette image presque obsédante et quasi surnaturelle, s’élargissent encore les perceptions du monde.

La petite fille, accueillie par les bras d’un amical bouleau, sourit aux feuilles qui dansent, lors que la brise embrasse les branches.
Son cœur tressaute.
Il est une dilatation subtile qui vient des profondeurs de l’âge.
C’est en une vague légère que la petite fille visite son frère.
Durant des heures, elle s’évade.
La voilà, parcourant la prairie sur l’épaule de son frère, complice de ses multiples incartades.
Combien de fois, échevelée, s’est-elle retrouvée en ces jeux presque dangereux, que le petit garçon aimait à vivre en compagnie des siens ?
N’ont-ils pas parcouru la vallée des indiens et chevauchés des chevaux sauvages ?
Ces fous qui cherchaient sans cesse les émotions exaltantes ?
Le ciel devenait le témoin de leur enfantine ivresse.
Combien de fois, la petite sœur manquait de rouler sur l’herbe en bataille que les pas des garçons foulaient ?
Elle se voulait veiller sur son grand frère.
Souvent, elle était dépassée par le rythme poussiéreux et les sueurs que les sentiers d’antan, n’épargnaient pas aux petits fripons.
Mon frère, mon frère, fais attention, je suis là.
Je ne sais pas toujours te suivre en tes exploits de trappeurs.
J’ai nagé avec toi dans la rivière poissonneuse.
J’ai ri lors que vous étiez à construire des radeaux à l’aide de chambres à air.
Les pêcheurs vous poursuivaient de leurs jurons, car vous perturbiez les poissons qu’ils avaient pour ambition d’attraper.
Je vous ai suivi jusque dans vos batailles de cow-boys et d’indiens.
J’ai confectionné avec vous des arcs.
Tu m’as appris à retirer l’écorce des branches, et à tailler les flèches.
Je me suis souvent perdue dans les prairies et je t’appelais.
Je te retrouvais alors endormi.
Comme j’ai aimé te suivre partout en te prenant discrètement la main.
Sens-tu comme je suis là depuis toujours ?
J’ai gravi les rochers, et me suis peinturlurée les joues pour vous ressembler, vous les apaches et les sioux de la campagne.
J’ai tressé des couronnes et j’ai hurlé, même tard dans la nuit, pour imiter mon frère.
N’ai-je pas assisté à la plus improbable des processions ?
Comme j’ai ri lors que je vous vis avec vos encensoirs faits de boites de conserve.
Vous enfumiez ainsi les chemins en vous prenant très au sérieux.
Qui donc ouvrait la marche ?
Les meilleurs moments étaient quand je te retrouvais assis dans le train, et qu’en voyant les vaches dont la robe était marron, tu les prenais pour des bisons.
Mon frère, j’ai voulu boire à chaque image de ta prunelle.
Mon frère, je n’ai pas voulu perdre un seul moment de ta présence.
Mon frère, je me suis lovée en ton cœur palpitant.
Je suis souvent revenue de mes voyages dans le temps avec cette forte mélancolie.
Je ne voulais pas te quitter.
Je ne voulais pas te perdre.
Je murmurais encore et encore au vent, des complaintes pour imprégner ton âme de ma présence.
Je te voulais que tu me cherches inlassablement et me retrouves en cette rive où je t’attends.
J’ai imbibé ton être des effluves de mon souvenir.
Mon frère matriciel en cet esprit et en ce Jardin de notre Essence, lors que L’Esprit sait se reconnaître.
En ces prairies primordiales, ivre, nattes au vent, le sol gambadait de nos chevauchées sauvages.
L’Aigle tournoyait et nous ramenait des nouvelles d’un autre âge.
C’est en ces contrées lointaines que Le Ciel semblait le plus proche.
Des images qui s’harmonisent en ces exaltations que l’on ne limite pas.
Mon frère, nous avons marché sur les rives du Temps Vertical, et nous avons visité les lieux de notre intime humanité.
Mon frère, nous avons marché jusqu’à ce que nous croise Le Temps.

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Océan sans rivage

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coat_of_arms_of_massachusetts-svgBlason du Massachussetts (Etas-Unis d’Amérique)