Pour solde de tout compte

steinbourg

 

Terre de mon enfance, partout où je suis allé,
Je t’ai emmenée, tel un précieux viatique
Pour traverser de ce monde les sombres allées.
Tu étais mon Arcadie ; tu fus mon Attique.

Peut-être t’ai-je ingénument idyllisée ?
Pourtant, quand j’étais las de courir les chimères
D’un monde qui prétendait me désarriériser,
Tu m’accueillais sans condition, comme fait une mère.

La ligne bleue des Vosges ceinturait l’horizon.
Si elle rassurait l’enfant, elle étouffait l’homme
Qui se voulait faire de mille expériences la somme.

Ce milieu de nulle part devint comme une prison.
L’herbe n’était pas assez ou peut-être trop verte.
J’eus beau claquer la porte, toujours elle s’est rouverte.

* * *

À ces vendus qui ont navré nos terres d’enfance
Et qui sont partis de ce monde sans repentance ;
À leurs laquais, qui les tenaient pour grands seigneurs,
Couteaux de seconde main mais très zélés saigneurs,

Sachez : vous ne renaîtrez que sur terrains vagues
Et aurez à lutter pour le moindre brin d’herbe ;
Vos mers seront d’huile, à jamais stériles de vagues,
Et vos pavillons pendront comme chiffons, sans superbe.

Traîtres et apatrides qui sortiez de nos rangs,
Vous disant des nôtres, aimant le faire accroire,
Sachant donner le change et vous porter garants ;

Enfants du pays dont vous profaniez le sol,
Bradant ses terres et pourfendant son territoire,
Vous étiez hors de tout d’avoir vécu hors-sol.

* * *

Dans le fond, ce n’étaient que des agents obscurs,
Des voltigeurs en traîne de la cinquième colonne,
Dans le genre idiots utiles dont l’Histoire n’a cure ;
Des hommes sans conscience qui font ce qu’on leur ordonne.

Croyant que tout progrès réside dans le nouveau,
Le modernisme valait parole d’évangile.
Ayant perdu, avec le vrai, le sens du beau,
Ils tinrent le plastique pour supérieur à l’argile.

Sachez : la Nature vomira vos abjections
Et vous fera ravaler toutes vos déjections,
Sans qu’il soit retranché un seul grain de poussière.

Cet héritage est vôtre dans vos mondes prochains.
Vous vous crûtes des géants, vous n’étiez que des nains
Dont la vue avait l’étendue de vos œillères.

* * *

Sachez : Je vous chasse de ma mémoire, pour toujours.
Déjà les brumes du passé estompent vos visages.
Qu’avais-je à faire de vous, le long des stériles jours ?
Et que demeurera-t-il de votre passage ?

Des arbres arrachés, des rivières rectifiées,
Après avoir démoli les vieux corps de ferme,
Démembré les terres par le bitume scarifiées,
Avec la liquidation totale pour seul terme.

Je ne veux plus dans aucun monde vous retrouver.
La vraie terre, c’est en moi-même que je l’ai trouvée.
Vous le dois-je ? Non, vous n’étiez que des auxiliaires,

Une sorte de cow-boys de la tôle ondulée
Qui avez fait de moi un Indien acculé.
Abdiquer c’était monter dans la bétaillère.

* * *

C’est là mon testament moral vous concernant
Car il fallait bien en finir de cette histoire
Qui remonte à des temps à jamais consternants
Et dont ces mots conserveront la juste mémoire.

Je l’écris en pleine possession de mes moyens,
Sain de corps et d’esprit, sans aucune amertume
Et sans plus nourrir de rancœur, Dieu m’est témoin.
Maints d’entre-vous le liront à titre posthume

Et quelques uns peut-être encore de leur vivant.
Peu m’importe désormais, ce n’est plus mon affaire.
Comme dit le proverbe, autant en emporte le vent !

C’est la terre intérieure qu’il me faut cultiver.
Entendez bien : recommencer n’est pas refaire
Mais rétablir un ordre, sans plus dériver.

 

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Discontinuité et impermanence (2)

Contemplation-Henry-Le-JeuneContemplation, peinture de Henry Le Jeune (1819-1904)

 

Tout est relatif ; donc l’Absolu s’impose, par contrainte logique : c’est la Relation.
Tout est impermanent ; donc le Permanent s’impose, par contrainte logique : c’est le Mouvement, né d’une Volonté, qui est la Force créatrice et agissante d’une Intention.
Et d’où vient qu’il y ait une Intention ? Pourquoi et pour quoi ?
Pour Qui ?

Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?
La question du sens naît de cette interrogation foncière qui est une stupeur.
La stupeur d’être. La stupeur de mourir, donc de disparaître. La stupeur de n’être plus.
La stupeur est étonnement.
En l’étonnement se cherche l’émerveillement. Désir inconscient de contemplation.
Pure Joie d’être.
C’est le destin de l’âme. L’origine et la finalité de la Création.

Dès lors que se pose la question du sens, il est un sens.
Le seul fait de l’être se considérant lui-même, par le jeu du questionnement, en révèle l’évidence.
La raison de vivre n’est jamais que la traduction ontique de cette crucialité ontologique, inhérente, impérieuse et incoercible, au-delà des postures idéologiques ou d’opinions, au-delà même des croyances.

 

Marc

 

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Discontinuité et impermanence (1)

EnsōL’ensō, symbole de la vacuité et de l’achèvement dans le bouddhisme zen

 

Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement. Bouddha

 

Rien n’est chose-en-soi, tout est composé ;
Or, ce qui est composé se décompose ;
Se pose, dès lors, le problème de l’identité.
Est-elle intrinsèque (étant par elle-même » et donc « en absolu ») ou extrinsèque (en relation à autre que soi, donc relative, sans définition ni valeur absolues) ?
Identité renvoie à ce qui est idem « le même ».
Le même que « Qui » ?
Tout est impermanent, rien ne dure, rien n’échappe au changement.

Rien n’est jamais pareil à soi-même. Tout change à tout instant. L’apparente continuité n’est que la nécessaire mais transitoire cohésion de la forme.
Changer signifie « faire autre », par extension « passer d’une forme à une autre » donc d’un ordre de manifestation à un autre.

L’identité n’est pas un absolu-en-soi.
Elle compose une forme transitoire mais elle est vide-en-soi. Sans substance propre.

 

Voici Sāriputra, forme est vacuité et vacuité est forme ;
forme n’est autre que vacuité, vacuité n’est autre que forme ;
là où il y a forme, il y a vacuité, là où il y a vacuité, il y a forme.

Sutra du Coeur, Prajnapramita

 

Marc

 

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Armoiries de la colonie rurale Sviyazhsky

Lavaudieu ou la Vallée de Dieu

LavaudieuVue sur Lavaudieu depuis la rivière Senouire (Brivadois, Haute-Loire, Auvergne) – Photographies de l’auteur

 

Lavaudieu, cité médiévale presque intacte,
Dont les siècles postérieurs n’ont pas eu raison,
Pas plus que ce temps nôtre, qui à peine l’impacte.
Sise sur les bords de la Senouire où le poisson,

Tranquille, épouse l’onde vive et fraîche que caresse l’aulne ;
Sertie dans cette terre de mémoire, tel un joyau ;
Témoin d’une époque où les hommes vivaient à l’aune
D’une foi qui de l’existence était le noyau.

Et qui inspira à ces âmes le nom du lieu :
Lavaudieu – La Vallée de Dieu – car Là vaut Dieu.
Visiteur, lors que tu observes ces vieilles pierres,

Imagine que chacune fut par une main posée
Et qu’en elle toute une histoire est à reposer.
La main à l’ouvrage fut aussi celle en prière.

Marc

 

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Lavaudieu_43 Lire la suite

Vraie Splendeur

druide

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J’ai parfois admiré les palais somptueux
Que le poli des marbres baignait d’opulence,
M’étonnant de ces architectes talentueux
Qui, cherchant la perfection, trouvèrent l’excellence.

J’ai toujours été impressionné par la main
De l’artisan qui tirait de la matière brute
Des formes inouïes, par un travail surhumain
Que nulle entreprise moderne ne lui dispute.

Les œuvres humaines peuvent forcer l’admiration
Mais aucune n’inspirera la contemplation
Que nous offrent la Nature et l’Oeuvre Divine.

Tout y devient un sujet d’émerveillement
Et l’esprit, qui se confond en bredouillement,
Sera toujours en-deçà, quoiqu’il imagine.

Marc

 

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Viatique 71 – Retournement

janus-91

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De l’année nouvelle nous saluons l’ouverture ;
Puisse-t-elle être celle, surtout, de la rencontre
Avec nous-mêmes, ainsi qu’en notre vraie nature,
Quand même cela irait du monde à l’encontre.

Monte sur le pont et regarde sous lui l’eau qui coule…
Bien souvent, sur la fuite du temps l’on s’apitoie
Sans chercher à pénétrer l’instant qui s’écoule.
Vois-tu l’arbre au bord du chemin ? Assieds-toi.

S’arrêter, c’est rompre tous les enchaînements
Et Se rappeler : cesser la vie mécanique,
Ne plus être le jouet des événements

Qui se veulent être de soi le détournement
En nous faisant jouer une suite de jeux scéniques.
Il n’est qu’une échappée : le franc retournement !

Marc
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Voir aussi sur Noblesse et Art de l’écu et lire Mystère des Deux Clés

Kongsberg_Norvège-Elbach_AlsaceBlason de Kongsberg (Norvège) et d’Elbach (Alsace)

Viatique 70 – Racine

René CampbellPeinture de René Campbell

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Quand le psychique, épuré, tient l’équilibre,
N’étant plus le champ des réactions compulsives,
L’esprit se peut enfin changer de calibre
Et monter l’échelle verticale évolutive.

Il n’est plus de complaisance dans le matériel
Et la satisfaction des besoins basiques ;
Ce qui avant se limitait au sensoriel
Monte en sensibilité et la vie physique,

Jusqu’alors menée sur un plan horizontal,
Devient l’expression d’une conscience métaphysique
Dépassant peu à peu les cadres dogmatiques

Afin d’accéder au savoir transcendantal
Dont le filigrane nous traverse dès l’Origine,
Et c’est là qu’est de tout destin la vraie racine.
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Marc
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Voir aussi sur Noblesse et Art de l’écu

Blekinge_vapen.svg

Blason du Blekinge (Suède)

Viatique 69 – Graine

Judith ShawPeinture de Judith Shaw, Seed of life

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Chaque fois que quelque trouble te vient assaillir,
Assieds-toi au bord de l’eau et regarde son fil.
Sont-ce des résidus psychiques qui veulent saillir ?
Mettre ton fragile équilibre en péril

En s’insinuant par d’anciennes lézardes,
Toujours prêtes à se rouvrir comme de vieilles blessures ?
Tu connais ces images qui souvent se fardent
Pour imiter cette fraîcheur dont l’oeil se rassure.

Mais voilà : elle ne peuvent plus faire illusion
Car de ces courants, stériles sont les alluvions
Qui ne sont que bourbiers en lesquels l’âme s’envase.

Nulle graine ne s’y peut fendre et monter en fleur.
Il faut à tel élan un cœur plein d’ardeur.
Tout passe. Ne jamais s’identifier. C’est la base.
.
Marc
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Voir aussi sur Noblesse et Art de l’écu

Uppvidinge_kommunvapen_-_Riksarkivet_Sverige
Blason de la municipalité de Ekerö (Suède)

Viatique 68 – Verticale Architecture

John Stephens

Peinture de John Stephens

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Toutes ces fables animalières parlent de nous,
Les hommes, mais aussi de toutes ces braves bêtes
Qui sont nos compagnons de vie. Un lien se noue
Avec elles et les voici qui jalonnent la quête

En laquelle, souvent sous la forme d’allégories,
Se réactivent les symboles et les archétypes,
Sans exclure aucun domaine ni catégorie.
Ce qui est d’abord typé devient atypique

Dès lors que se peut éclore sa réalité.
Les mots opèrent ainsi comme des formules mantriques *
Qui s’apparentent à des cercles concentriques. **

Tout s’unifie, il n’est plus de dualité
Ni de cycle fermé ; tout s’élève en spirale
Car la Vie est une architecture verticale.

Marc

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Lire aussi sur Noblesse et Art de l’écu

Wappen_Hönze

Blason de Hönze (Basse-Saxe, Allemagne)

ainsi que

* Nos mots sont des mantras
** Les Cercles Concentriques (1) (2) (3) et (4)

Mémoire d’une folie

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Le départ des Poilus, août 1914 (Paris, Gare de l’Est) – Peinture d’Albert Herter (1871-1950)

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Tu avais quitté les tiens, ta ferme et tes champs
Pour de bien étranges labours, là-haut, dans les brumes ;
C’était juste pour donner une leçon aux méchants,
Sans savoir que tu boirais des fleuves d’amertume.

Et ta fleur au fusil sera déjà fanée
Quand, sur ton visage au sourire encor d’enfance,
On lira les stigmates d’une raison décharnée,
À force, dans les tranchées, d’attaques et de défenses.

Car tu verras des milliers d’hommes manger la boue
Pour prendre un terrain perdu, la même colline ;
D’un régiment plein, plus un ne sera debout.

Des fous galonnés enverront à une vaine mort
La jeunesse d’un pays et leurs âmes orphelines
Viennent encor hanter ce jour qui les commémore.

Marc

 

Souviens-toi des tranchées des hivers de L’abîme,
Souviens-toi des effrois de L’Innocence Bafouée.
Tremble L’Hiver bourbeux des âmes désincarnées,
De La Chair que l’on voudrait, des ruines, sublime.

De nos regrets, nous sommes encore nos tristes jouets.
Lors que l’homme pleurera son frère, il saura la vérité.
Ainsi est faîte notre plainte : à nos pieds l’enfer !
Quand serons-nous enfin à nous en extraire ?

Il est vain de commémorer ce qui est notre ignorance
Des Réalités d’un monde, qui vit dans l’insouciance.
Tant que tu méconnaîtras L’Origine, ne pleure pas !

Du sang s’écoule de nos indifférences, et nous oublions
Qu’en nous est le véritable Combat, le vrai soldat !
Faut-il que La Terre périsse de notre Illusion ?

Océan sans rivage

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Mémoire d’une folie  &  Le vrai Combat

Plougourvest_et_CalaisBlasons de Plougourvest (Finistère, Bretagne) et de Calais (Pas-de-Calais)