Le cantique de Frère Soleil par Saint François d’Assise

Image associée

 

Très Haut, Tout puissant et Bon Seigneur,
à Toi louange, gloire, honneur,
et toute bénédiction ;
à Toi seul ils conviennent, Ô Très-Haut,
et nul homme n’est digne de Te nommer.

Loué sois-Tu, mon Seigneur, avec toutes Tes créatures,
spécialement messire Frère Soleil,
par qui Tu nous donnes le jour, La Lumière ;
il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,
et de Toi, le Très Haut, il nous offre le symbole.

Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles :
dans le ciel Tu les as formées,
claires, précieuses et belles.

Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour Frère Vent,
et pour l’air et pour les nuages,
pour l’azur calme et tous les temps :
grâce à eux Tu maintiens en vie toutes les créatures.

Loué sois-Tu, Seigneur, pour notre Sœur Eau,
qui est très utile et très humble,
précieuse et chaste.

Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour Frère Feu,
par qui tu éclaires la nuit :
il est beau et joyeux,
indomptable et fort.

Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour Sœur notre mère la Terre,
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
avec les fleurs diaprées et les herbes.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent par amour pour Toi ;
qui supportent épreuves et maladies :
heureux s’ils conservent la paix,
car par Toi, le Très Haut, ils seront couronnés.

Loué sois-Tu, mon Seigneur,
pour notre sœur la Mort corporelle
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ;
heureux ceux qu’elle surprendra faisant Ta volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire.

Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâce et servez-le
en toute humilité.

 

Saint François d’Assise (1225)

 

Lire aussi  Saint-François d’Assise, ce frère…

Et   Mon frère, très Sainte Lumière d’Assise.

Publicités

Sceau des Réalités (4)

Résultat de recherche d'images pour "abraham le prophète  peinture"Abraham et les trois anges,
Geerbrand van den Eeckhout, 1656,
musée de l’Hermitage, Saint-Petersbourg

 

  .    Pureté et Grâce à Celui qui permit, en Sa toute Sagesse, L’Éclosion d’un Univers en perpétuelle expansion, en perpétuel Louange de Lui, Exaltation des Vibrations Révérencielles. Pureté à Celui qui permit d’existencier Les Multitudes, et Les Ombres et Lumières de L’Intelligence, lors que L’Aspiration est un Souffle Originel. Des Couleurs et des Parfums en simultanéité de Sa Volonté, des infinitudes de Ses Oraisons de Lui en Lui ! Lumière en Ce Regard de Reconnaissance. Pureté des Fleuves de La Transparence qui se déversent en leur fougue dans Les Océans et s’unissent en Cet Amour, fruit de La Nostalgie impétueuse du Retour. Entre en ce Secret de L’Eau miraculeuse, celle du Cœur Ardent et bouillonnant de L’Appel des Cieux et des Terres, Eau du Puits de La Fertilité, de La Jointure de L’Ici et Là-bas, en cette seule Réalité du Temps de L’Horloge intérieure, Celle qui donne en Soi, Les Lectures et Le Lien avec toutes Choses. Ni contradictions, ni séparations, Apologie en La Reconnaissance, lors que Le Temps se suspend en Ce Commencement. Ô Souffle de Toi, Ô Vie en La Vie des semblances d’une déraison, lors que L’Amour se suffit en L’Amour et tournoie de Sa Joie. L’Eau jaillit en La Source effusive des Clameurs et La Détresse devient La Vision de Ton Secours Réel. Entre en Ce Mont du Verbe Safa, des Sept Parcours qui tissent L’Alliance et avive Le Cœur des Puretés de Ta Présence, puis entre en Le Verbe de Marwa, c’est alors L’Eau qui satisfait la Soif, qui abreuve Ton Désert, profuse des Libéralités de Ton Épanchement d’Amour. Suintement d’une Mère qui en Son Féminin des douceurs et de Sa douleur T’appelle. Alors Bruissement furtif en Zem-Zem des réponses au désert et en l’aridité des Parcours arrosés de larmes.

     Le Centre est alors magnifié des subtiles semences et des irrigations du Jardin de L’Âme. Telle est La Mansuétude de L’Éclat resplendissant du Verbe d’Abraham dont l’Echo est encore aujourd’hui Les Réalités de L’Apprentissage de La Conscience qui s’ouvre en L’Interrogé. Paix sur Le Père de La Pure Présence. En Ce Règne de La Nature, les éléments ont parlé à son cœur transfusé des perceptions de la pensée jaillissante. Des Qualités sans limite, La Stabilité T’est donnée, Ô Noble Verbe de L’Orientation Lumineuse, Toi dont La Royauté parle en L’Intelligible des Lois du Créé, en L’Intelligible du Manifesté, Toi dont Les entretiens avec L’Intime sont les Réalités de L’Amitié. Souveraineté de La Certitude de ce qui est Pérenne et Cristallisation en La Toute Possibilité. Affirmation de La Présence Perpétuelle en Ce Vivant qui ne jamais disparaît. Si des causes secondes, Le Seigneur est occulté des consciences, le regard de L’Amour,  en L’Ardente Aspiration, perce en ces nues qui se voudraient opaques et parvient jusqu’à La Pleine Confiance. Est à jaillir La Victoire en cette Présence de La Conscience qui ne doute plus et qui ne cherche plus, mais qui entre en La Pureté de L’Adoration. Soleil, Lune, Etoiles et Constellations sont les effets de Sa Réalité, lors du parcours ascensionnel, Les Eléments fusionnent en La Vision de L’Excellence. Un se décline en L’Âme de L’Unicité Absolue de La Présence. L’Âme s’y abîme et s’y retrouve en les épreuves de La Transformation.

L’Amour est né en L’Opulence, et L’Amour est né dans Le Désert, lors que les lèvres s’assèchent et cherchent Le Couloir pour Te retrouver. L’Amour s’abreuve de La Quête incessante de La Nostalgie du Bien-Aimé, et c’est en La Solitude des déchirements et c’est aussi en La Solitude de La Sérénité, que s’offre au regard ce monde qui vient nous chercher. Et comment Le pouvoir deviner, et comment Le pouvoir même pressentir ? Comment Le désirer, et savoir qu’en nous se déchirent les voiles de notre Conscience ? Des étoiles au Firmament que nous visitons une à une, sont à nous laisser hébétée. Ô Vénusté des Lumières qui chantent sans discontinuer, et, Ô Noble Assemblée, en cette inclination de notre cœur, vous êtes La Pleine Réalité…

 

(A suivre)

 

Sceau des Réalités (3)

Résultat de recherche d'images pour "que son las nebulosas"

 

     Des sandales que des pieds abandonnent au seuil d’un Désert sans fin, lors que les fluviales Transpirs de L’Âme courtisent les mélodies enchanteresses du Ciel des Séraphins, que se passe-t-il ? Le corps ploie des puretés révérencielles et se prosterne devant les délicatesses que vêtent l’humilité et l’effacement. J’ai rejeté au lueur de l’horizon ces deux mondes et sur le sable et la rocaille, j’avance des vénérations que psalmodient les lèvres de la gratitude. La bouche s’assèche des prières et le cœur bascule soudain. J’abandonne le ciel et la terre, et me voici en chemin vers la Montagne de Feu. Nul n’entre en ce langage s’il n’a parcouru quelque lieu de compagnonnage en La Solitude des nuits qui ceignent les genoux de l’orant. Telle est Le Pas déterminé qui entre dans Le Temple de L’Intention. La Prosternation est tremblante de la nouveauté. Tu as étalé Le Tapis vermeil des ornements de La Maison, et il n’est pas de force devant Ta Puissance. Il n’est pas non plus de Présence hormis Ta Présence. Le corps ploie devant la solennité de l’acte. Ô Chérissement du rite qui s’unifie à la vastitude des Cieux. Et comment avancer, si ce n’est en cette immobilité révérencielle ? Je nettoie mes mains des négligences et des poussières du monde artificiel, j’entre en L’Eau de Ta Pureté, fluvialité de L’Eveil des sens du Cœur. Je rince la bouche de mes mots futiles. En ce geste des Triades répétées en l’observance de l’acte, je suis en ce silence de l’humilité et de l’effacement. Je purifie le nez de mes manquements au Souffle de Ta Réalité et j’implore Ta Seigneurie en L’Encens de Ta Munificence, ces perceptions de l’odorat en leur Reliance avec L’Origine. Mon visage, l’asperge des fraîcheurs de Ton Visage, en Ta Proximité que mes mains caressent. Je reconnais Ton Face à Face unifiée en Ton Toucher des Réalités de La Beauté du modelage, en ce qui est Ton Miroir de L’Intime, Image des confidences du Cœur. Je rejette toute autre obédience et me relie à La Coupole de Ton Firmament. Depuis la base de mon cou qui de sa courbe devient souple de Ton Amour, et c’est au Dôme de Tes Pléiades que les liens de ma chevelure tissent La Cordée. Je purifie de par Ta Grâce l’ouïe de mes intentions et tout ce qui n’est pas Ton Audition. Puis, je passe L’Eau sur le limon de mes pas et fait adhésion avec Le Sentier Droit. Mon cœur est aspergé de Ta Présence en chacun des Gestes que Tu as décrétés. Lustration des Vénérations de L’Etat de Présence.

     Les desseins de Ta Volonté fusionnent avec La Coupe qui Les reçoit et chaque seconde se visite en Ton Souffle. En cette Orientation, en La Lumière de La Présence, Le Cœur se recentre et chaque fois que nous avançons, Le Chemin se rétrécit et devient un Seul Point, Noyau tournoyant des effets de La Contraction, des attractions Lunaires et des Resplendissances du Soleil. Sache qu’Il devient à son tour faisceau aigu et se dirige depuis le Centre en Son Centre. Sache que les chaleurs tournoyantes opèrent au delà du Temps et que se révèle ce qui se révèle de Son Intention Première. C’est Là, L’Orient de mon âme et L’Enfant poursuit les étapes, cycles qui courent les uns après les autres, et tu vois les étoiles poursuivre Leur Réalité que L’Œil nu ne perçoit jamais, et Tu vois que les astres disparaissent puis reviennent depuis un autre Axe. Ils ont vécu l’entière conversion. Ce Point, est lors L’Élargissement d’une Vue qui voit en toute chose. Du point infime sont à naître les mondes et les mondes de L’Infinitude.

     En ce Cœur Muhammadien du Mim des douceurs de La Miséricorde Matricielle et des Abondances de Sa Vigilance, L’Orphelin et Maître des Régions de La Connaissance Primordiale, Pureté des Descentes de L’Oraison des Sphères Angéliques, des Vibrations et du Parfait Orbitage, des Contractions alchimiques et des dilatations exponentielles, en ce Verbe de La Réalité de L’Archange Gabriel, Tu es de nous, et ce sont Tes pas que l’on suit en ce Périple. En La Caverne de Ton Parfum, en La Présence du Silence des longues méditations, en ces levers des voiles en L’Esprit de La Réalité, en ces couloirs et ces ponts reliés en L’Architecture de L’Origine, en La Porte qui ouvre toutes Les Portes, en cette Unité dans La Multiplicité, en ces Océans de La Navigation, en ces courants Célestes et en ces souterrains de L’Occulte, Tu es en nous. Des concentrations de La Pensée en Toi, des suintements de Ton Amour, et des chevaleries de Ton acte d’être, des larmes de L’Enfant hébété, en cette Béance du « Lis », lors que Le Verbe de Jésus éclot en Ta Réalité, lors que Lui éclot de Ta Réalité, Pur Lignage des Prophéties à La Fleur de L’Éternité. Entre en Le Verbe d’Ismaël, du Nom de La Sainteté et des Fondations. De Ses Bras larges, et de Sa Mère Hagar, L’Accueil est Les fondements de Ton être. Des Origines du Verbe d’Abraham, entre en La Pureté de La Religion Primordiale. Entre en leur migration et en leur obéissance. La Maison s’élève et t’indique L’Axe des Axes de La Rectitude. Pôle des Pôles et  Obédience des Obédiences. Hiérarchies des Constellations de La Voie Lactée…

 

(A suivre)

La Mesure de toute chose

sandra bierman cards - Google SearchPeinture de Sandra Bierman

 

L’Amour est La Mesure de toute chose. Observe-le, et Il te dira qui tu es. Il t’éclairera comme rien ne peut le faire. Il te dira où tu te trouves. L’Amour est La Chaleur bienfaisante du Soleil de ton Cœur. Il Te révèle La plus inouïe des Géographies. Il te fait entrer en Lui et plus jamais tu ne sens la différence entre l’extérieur et l’intérieur.

.

Le Monde Imaginal selon Corbin

Yaratıcı Projeler: Tezhip Sanatı

.

     C’est en 1945 que Corbin se rend en Iran et sa rencontre avec cet « Iran » ouvre une période intense de travail et de réflexion. De sa participation au cercle d’Eranos dès 1949, où il rencontre Jung et sa pensée, à l’élaboration en 1964 d’une Anthologie des philosophes iraniens depuis le XVIIème siècle jusqu’à nos jours, en passant par sa nomination (il succède à Massignon) à la section des sciences religieuses de l’Ecole pratique des hautes études, l’auteur explique les rencontres et les découvertes de Corbin. Après cette brève biographie, D. Shayegan consacre un petit chapitre au lien entre la pensée de Heidegger et la sagesse iranienne. Il établit avec clarté que c’est à partir de la façon novatrice dont Heidegger conçoit la philosophie (comme interprétation des structures constitutives de l’existence, comme  » être-dans-le-monde  » permettant de ressaisir un rapport authentique à la temporalité) que Corbin trouve une clé pour comprendre et analyser la spiritualité iranienne à laquelle il a consacré ses plus grands efforts. De même que Heidegger expose les structures constituantes du Dasein, horizontalement, c’est-à-dire en s’astreignant à la vie avant la mort, à une existence pensée comme « être-pour-la-mort », Corbin va développer une herméneutique (s’inspirant du geste philosophique et herméneutique de Heidegger) de l’homme verticalement, c’est-à-dire en prenant en compte ce qu’apporte la sagesse orientale, l’existence après la mort et le monde de l’imaginal, dimensions qui sont absentes de la pensée heideggérienne et, plus généralement de la philosophie occidentale. Il y a, pourrait-on dire, une tentative pour prolonger les analyses de Heidegger (qui sont des interprétations philosophiques de catégories de l’existence et des réflexions sur les différents modes de la temporalité) sur un terrain pour lequel elles ne sont pas primitivement faites, mais qu’elles permettront d’éclairer et de comprendre .

Cheval de calligraphie arabe PrintDarwish par EveritteBarbee

     Sur quel objet spécifique vont donc être réaménagés les outils d’interprétation heideggériens ? Ce que Corbin trouve de propre à la philosophie ou à la sagesse iranienne, c’est ce qu’il appelle le monde de  » l’imaginal « . Si Corbin forge ce terme, c’est pour distinguer les réalités auxquelles il renvoie de ce qu’on entend habituellement en français par le terme imaginaire. En effet, quand on parle d’objets imaginaires, on sous-entend qu’ils n’ont d’autre réalité que dans notre imagination, ce qui implique qu’ils ont un mode d’être défaillant, lacunaire. C’est comme s’ils n’étaient pas assez réels pour exister ailleurs que dans notre imagination. Dès lors, la science et la rationalité occidentales tendent à les penser dépourvus de toute teneur ontologique. Ce qui n’existe que sur le mode de l’imaginaire n’existe pas vraiment, on n’a pas à en tenir compte quand on raisonne avec rigueur et méthode. L’imaginaire est relégué au statut de scorie de la pensée, il n’a aucune valeur pour la connaissance. A l’inverse, l’imaginal, tel que l’identifie et le définit Corbin à partir de sa lecture de la spiritualité iranienne, relève certes de l’imagination, mais cette imagination n’est pas discréditée et est considérée comme une faculté de connaître propre, spécifique et non dévalorisée. Ce qu’elle permet de connaître, l’imaginal, a une consistance ontologique spécifique et certaine. Ce qui relève de l’imaginal n’est pas irréel ou négligeable. C’est quelque chose qui a une consistance et une teneur propre . . D’après Corbin, cette prise en compte du monde de l’imaginal est ce qui fait la spécificité de la pensée orientale (ici l’Orient, comme le précise tout au long du livre D. Shayegan, est moins un Orient géographique ou culturel, qu’un Orient symbolique ou imaginal). Ce monde de l’Imaginal est un intermédiaire entre le monde des idées et le monde sensible, et pour être plus exact, il est ce qui rend possible le passage de l’un à l’autre. Et il a un rôle particulier à jouer dans la réflexion sur la résurrection et la connaissance de la vie post-mortem. Ce qu’on peut connaître de cette outre-vie (qui, rappelons-le n’était pas l’objet de la réflexion philosophique de Heidegger), provient de la vision de mystiques/philosophes . Ces visions appartiennent donc à cet Intermonde (on parle d’Intermonde dans la mesure où ce monde se situe, on l’aura compris, entre le monde des idées et celui des choses sensibles), le monde de l’imaginal. C’est donc à cette connaissance et à cette interprétation que va se livrer, durant la plus grande partie de sa vie, H. Corbin, à l’aide d’outils herméneutiques de provenance heideggérienne. Par cette faculté de l’imagination, nous avons accès à une temporalité tout à fait spécifique, qui va d’une sorte de préhistoire par laquelle l’âme connaît sa descente dans le monde à une posthistoire, par laquelle l’âme connaît ce qu’il adviendra d’elle d’un point de vue eschatologique.

"Qui peut conter l'histoire des coeurs qui saignent ?" Hafiz (1320-1389)   calligraphy, Hassan Massoudy

     Dans la suite de son étude, qui clôt le premier livre, l’auteur expose le programme des quatre prochains (qui font partie du même volume) : il analyse quatre « itinéraires » de la pensée de Corbin dans le monde irano-islamique (que l’on retrouve dans le soufisme de façon plus globale), et il consacre un livre à chaque itinéraire mis en évidence. Ces quatre itinéraires sont d’égale importance et sont en quelque sorte quatre voies d’accès parallèles : « elles ne se traduisent pas en termes d’évolution, elles ne se suivent pas selon le processus de développement historique, mais demeurent quatre structures simultanées, isomorphes et somme toute interchangeables » (p.76). Ces quatre itinéraires sont en quelque sorte quatre itinéraires de conversion spirituelle, voire mystique, qui aboutissent à une réelle individuation de celui qui les parcourt. Ces quatre voies ont lieu dans l’Imaginal et permettent une réelle connaissance de soi.

Extrait du traité de l'Amour d'Ibn Arabi : « Mon coeur est devenu capable de prendre toutes formes : Il est pâturage pour les gazelles, Couvent pour les moines, Temple pour les idoles, Kaaba pour le pèlerin. Il est les tables de la Torah et le Livre du...

.     Le premier est intitulé par l’auteur « du cycle de la Prophétie au cycle de l’Initiation ». Dans ce mode de connaissance, il s’agit de bien comprendre la prophétie pour la reconduire à son sens originel. Il s’agit d’une philosophie prophétique. Le guide intérieur permettant l’accès de soi à soi est la figure de l’Imâm ou du Prophète (inspiré par des anges) pour le cheminant. Qu’est-ce à dire ? Il s’agit, dans cet itinéraire, de passer du sens exotérique du livre saint, du Coran, à un sens plus profond, plus spirituel et plus personnel permettant une réelle connaissance du divin et de soi. Cette interprétation vers le sens ésotérique est appelée « ta’wîl« . Très schématiquement, on pourrait dire que « si le Verbe en inspirant l’âme des prophètes a effectué une sorte de descente dans le cœur du prophète, sa lecture ésotérique sera le chemin inverse de sa descente, elle sera un ta’wîl, c’est-à-dire la reconduite du sens apparent au sens ésotérique » (p.90-91). Cette reconduite n’est pas simplement théorique, objective, il ne s’agit pas d’élaborer objectivement une juste compréhension détachée de toute implication existentielle du Coran. Bien plutôt, il s’agit d’une lecture personnelle grâce à laquelle on vit une sorte de conversion intérieure. Sans entrer dans les détails de l’analyse longue et minutieuse que propose l’auteur, en cela fidèle à la méthode et aux exigences rigoureuses de Corbin, on peut noter qu’à partir de là on peut comprendre la distinction entre le formalisme doctrinal et figé, et le cœur mouvant et vivant du cheminement alchimique de l’être.

 

MATIN LUMINEUX: L'art Arabe et Persan: part 1

.

     Le second itinéraire est appelé « de la métaphysique des essences à la théosophie de la Présence ». Dans cette voie, il s’agit de passer des essences qui caractérisent l’ensemble de l’étant à la présence de l’acte d’être comme témoignage. C’est une réflexion à l’inflexion ontologique. Le guide intérieur est l’intelligence agente du philosophe, et c’est effectivement à la figure du philosophe que s’intéresse Corbin. Pour la spiritualité orientale, c’est-à-dire pour la pensée islamique qui résista à l’averroïsme au profit de la pensée d’Avicenne, il n’y a pas de rupture ou de discontinuité entre la prophétie et la philosophie : ce que pense le philosophe et ce que voit le Prophète sont une même réalité s’exprimant si l’on peut dire sur un mode différent . Le philosophe a besoin de l’Intelligence agente pour parvenir à cette conversion intérieure. C’est Sohrawardî qui formula une synthèse permettant la tradition de l’iranisme et la philosophie, ce qui rendit possible la commune visée du philosophe et du prophète. Sa théosophie donne l’image du savoir comme un arbre généalogique de la sagesse, dont un versant est représenté par les sages orientaux et l’autre par les sages occidentaux : tous sont « gardiens du logos ». La synthèse opérée par Sohrawardî accorde une grande place à Zarathoustra (représentant du fond de sagesse iranien), comme à des maîtres du soufisme, ainsi qu’à Empédocle, Pythagore et Platon, qui sont des maillons de cette sagesse et qui ont pour successeurs les Pythagoriciens en Islam. Il apparaît, en conclusion, que les deux façons orientales (au sens de Sohrawardî, c’est-à-dire prophétique ou encore illuminative, car l’Orient est défini comme le lieu d’où vient la lumière) et occidentale (philosophique) sont inspirées par la même intelligence sainte, le même « Ange-Esprit qui est à la fois l’ange de la Connaissance et l’ange de la Révélation ». D’ailleurs pour Sohrawardî, non seulement prophétie et philosophie sont compatibles, mais qui plus est, elles sont complémentaires chez le vrai sage qui doit posséder à la fois la connaissance spéculative et l’expérience mystique (p.195). A partir de cette pensée, Corbin analyse celle de Mollâ Sadrâ, qui prolonge en le modifiant le lien entre philosophie et voie d’accès à une connaissance intérieure par l’intelligence. Pour Sadrâ, « l’homme ne parvient à la perfection du monde imaginal et du monde intelligible que dans la mesure où il s’élève (…) ontologiquement au niveau de présence qui lui correspond. » (p.220-221). Qu’est-ce que cela veut dire ? Pour schématiser la pensée de Sadrâ, on pourrait dire que l’homme connaît par son âme et que plus il connaît de choses intelligibles, plus il progresse en se métamorphosant, c’est-à-dire plus il se libère d’une situation ontologique dans laquelle il ne pouvait pas avoir accès à lui-même dans le monde imaginal. Autrement dit, au terme d’un processus de métamorphoses successives par lequel l’âme humaine se libère progressivement, cette dernière parvient à s’unifier dans un acte d’intellection avec l’Intelligence agente, médiation entre Dieu et l’homme. C’est par cette voie qui met en jeu la capacité humaine d’intelligence que l’homme philosophe peut parvenir à une conversion intérieure lui permettant de connaître qui il est et d’avoir un regard juste et clair sur le monde, en s’unifiant à l’Intelligence agente, qui a une fonction Théophanique.

.

Résultat de recherche d'images pour "soufisme"

.

     Le troisième itinéraire est baptisé « de l’exposé doctrinal aux récits visionnaires ». Par là on part de la narration d’un récit pour arriver à l’événement se produisant actuellement dans l’âme. Cette conversion opère sur un mode essentiellement narratif, porté et donné par l’Ange du visionnaire. C’est encore Sohrawardî qui est ici le penseur central pour Corbin. En plus d’avoir réaménagé et repris la philosophie orientale d’Avicenne, il a inauguré une série de récits dans lequel, à travers des figures de l’Orient ancien, il ouvre un passage de « l’épopée héroïque à l’épopée mystique » (comme l’écrit Corbin). Il y a déjà chez Avicenne des « récits d’initiation qui éclosent en une sorte d’angélophanie advenant entre la veille et le sommeil, se développant en dialogues au cours desquels l’Ange qui est le guide intérieur, initie son disciple à la voie initiatique » (p.243-244). Encore une fois, c’est le motif de l’ange qui est crucial et qui intéresse Corbin. A partir de ces récits, Sohrawardî va infléchir ce mode de connaissance selon trois points que relève D. Shayegan résumant les analyses de Corbin : d’abord, Sohrawardî fait intervenir dans ses récits initiatiques la vision de la lumière, héritage du fond de la pensée iranienne. De plus, il met sur un plan d’égalité la connaissance philosophique et la connaissance mystique. Enfin la connaissance qu’apporte le récit initiatique est vue comme un événement intervenant dans l’âme : à partir du récit initiatique qui est passé et que j’interprète, en particulier grâce à mon imagination (comme Imagination agente évidemment), il se passe quelque chose de réel et d’actuel en mon âme qui transforme cette expérience en événement. En fait, par les récits et leur interprétation, je parviens à une vraie découverte existentielle, pourrait-on dire de mon âme. Corbin distingue trois niveaux de compréhension. Le premier, superficiel, correspond à une compréhension littérale, factuelle, de l’objet du récit. Le deuxième niveau correspond à une compréhension conceptuelle du récit, mais qui reste extérieure à ma vie, que je ne m’approprie pas complètement de façon existentielle ; en quelque sorte, je comprends à partir du récit un message conceptuel, c’est un peu le modèle par lequel je comprends une allégorie . . Le troisième et véritable niveau de compréhension, c’est le niveau par lequel le lecteur lisant le récit prend conscience que l’événement raconté lui arrive réellement, il le fait sien. Cela correspond à une expérience mystique personnelle liée à une métamorphose de l’âme. Cette transformation a bien sûr lieu dans le monde imaginal, qui apparaît encore une fois comme le lieu propre et nécessaire à toute conversion intérieure et spirituelle. L’épopée héroïque devient ainsi une épopée mystique. L’ange apparaît, dans les récits initiatiques de Sohrawardî, sous l’aspect d’un guide sage, doté d’une jeunesse éternelle. C’est grâce à cet Ange-guide, à cet Ange-initiateur rencontré au cours des récits, que l’âme peut s’éveiller pleinement à elle-même et parvenir à s’individuer, s’individualiser véritablement.

.

Farah Ossouli

.

     Le quatrième chemin est dénommé « de l’amour humain à l’amour divin ». Il s’agit de substituer à l’amour humain l’amour divin, sous une forme érotico-mystique, dans le sillage de l’Aimée pour l’aimant. Dans cet itinéraire, la fonction théophanique est encore occupée par l’Ange, qui est en même temps l’Aimée et la sagesse. Cette « Sophia » assume la « fonction du guide pour le mystique pèlerin » (p.80). L’idée est que par l’amour, on peut voir Dieu dans la personne de l’aimée. Celle-ci est donc une figure médiatrice, théophanique (puisqu’elle montre Dieu), analogue de l’ange dans les autres itinéraires. Ainsi le fidèle d’amour, parvenu à un authentique amour permettant une conversion spirituelle « perçoit la face humaine transfigurée par la Face divine, et c’est avec ce regard nouveau qu’il redécouvre la face humaine » (p. 321). Par l‘amour, qui est exercice de patience, d’endurance, de persévérance, je peux accéder à une autre façon de voir, une forme de transfiguration. Pour que cet amour ait lieu, un amour qui échappe aux pièges de l’amour simplement charnel et de l’amour pour une abstraction poussé jusqu’au vertige, il faut un lieu propre de cet amour. Et ce lieu est à nouveau le monde imaginal, propre, comme l’a vu à chaque fois, à assurer la conversion spirituelle de l’homme. Sans l’imagination l’Aimé n’aurait aucune réalité concrète. Cet amour est à l’abri de la « pure abstraction et de l’idolâtrie anthropomorphique » (p.361). L’aimé apparaît finalement comme le miroir dans lequel l’Aimant, celui qui aime d’un amour véritable, contemple sa propre image, celle de celui qu’il peut être en prenant conscience de celui qu’il est. Il s’individue par ce geste.

.

a thousand desires

.

     La figure du guide intérieur qui conduit à la conversion est polymorphe, mais a à voir essentiellement avec l’Ange. Cette fonction que remplit l’Ange, qui permet le passage de l’humain au divin, sans être évidemment de la divinisation, est pour Corbin absolument capitale. On pourrait dire qu’elle constitue l’un des centres de son travail. Elle a une importance fondamentale. Elle est, d’après lui, la médiation nécessaire, dans toutes les religions monothéistes, entre Dieu et l’homme sous peine de tomber dans une alternative aporétique. Sans elle, sans cette fonction Théophanique (c’est-à-dire qui montre Dieu) jouée par l’Ange ou l’un de ses substituts dans les quatre itinéraires, on est contraint soit de sombrer dans un monothéisme abstrait (dans lequel on ne parvient pas à savoir ce qui relie la perfection divine et la nature humaine et leur permet de communiquer), soit dans une forme d’idolâtrie, dans laquelle on croit reconnaître du divin dans du créé ou de l’humain . Dès lors c’est bien une icône et non une idole qu’aime l’amant, le pèlerin en quête de Dieu dans le quatrième itinéraire. La conclusion que propose l’auteur sur l’actualité de la pensée de Corbin propose une vue assez juste de la place de ce penseur et de son geste : il met H. Corbin au nombre des penseurs qui ont montré les limites (et les dangers de ces dernières) de la tradition rationaliste de la pensée. Comme Heidegger, Husserl ou l’école de Francfort, Corbin montre l’appauvrissement contemporain de l’esprit ou de la pensée (à cause d’une raison qui n’est plus qu’un instrument tant elle a perdu le lien avec son origine) et comme eux, il redécouvre quelque chose à propos duquel il faut relancer des investigations. Ce vers quoi il veut proposer des recherches, c’est l’Islam spirituel. Et avec ce programme de réflexion, ce qu’il veut mettre en évidence, c’est la possibilité d’un changement de perspective, un changement du  » mode de perception  » (p.371)..

 

D’après les Sources :

Le monde de l’imaginal et la fonction Théophanique, article de Yoann Colin.

 HENRY CORBIN, ORIENTALISTE ET IRANISTE Conférence du 24 janvier 2002, de Jean Moncelon

Et d’après l’ouvrage de Daryush Shayegan : Henri Corbin, penseur de l’Islam spirituel.

Résultat de recherche d'images pour "Daryush Shayegan : Henry Corbin, penseur de l'Islam spirituel."

Introduction au Monde Imaginal

« Le contact entre Dieu et l’homme se fait « entre Ciel et Terre », dans un monde médian et médiateur »

.

Résultat de recherche d'images pour "henry corbin"Henry Corbin

 

Selon le mot du philosophe Christian Jambet, Henry Corbin a ressuscité « la métaphysique de l’imaginal en terre d’islam ». Et l’on peut tenir cette « résurrection » comme un apport les plus significatifs de son œuvre.

Dans son ouvrage, Corps spirituel et Terre céleste, le Prélude à la deuxième édition (1978) s’intitule « Pour une charte de l’Imaginal ». On y lit ceci : « La fonction du mundus imaginalis et des Formes imaginales se définit par leur situation médiane et médiatrice entre le monde intelligible et le monde sensible. D’une part, elle immatérialise les Formes sensibles, d’autre part, elle « imaginalise » les formes intelligibles auxquelles elle donne figure et dimension. Le monde imaginal symbolise d’une part avec les Formes sensibles, d’autre part avec les Formes intelligibles. C’est cette situation médiane qui d’emblée impose à la puissance imaginative une discipline impensable là où elle s’est dégradée en « fantaisie », ne secrétant que de l’imaginaire, de l’irréel, et capable de tous les dévergondages. »

L’apport le plus remarquable chez Henry Corbin est donc d’avoir « revivifié » pour l’Occident ce mundus imaginalis, « qui n’est ni le monde empirique des sens ni le monde abstrait de l’intellect » – dont la notion – et donc la réalité – s’était éclipsée depuis plusieurs siècles de pieux agnosticisme et de Lumières. On conviendra qu’il s’agit de quelque chose qui éclaire considérablement le sens de notre pèlerinage vers nos origines, vers l’Orient, cette nostalgie du « paradis perdu », qui aiguise notre sentiment d’exil en ce monde et avive, pour les uns, le désir eschatologique du monde à venir, pour les autres, l’attente de leur délivrance.

« Que l’on entende pas le mot « images » au sens où de nos jours on parle à tort et à travers d’une civilisation de l’image ; il ne s’agit jamais là que d’images restant au niveau des perceptions sensibles, nullement de perceptions visionnaires. Le mundus imaginalis de la théosophie mystique visionnaire est un monde qui n’est plus le monde empirique de la perception sensible, tout en n’étant pas encore le monde de l’intuition intellective des purs intelligibles. Monde entre-deux, monde médian et médiateur, sans lequel tous les événements de l’histoire sacrale et prophétique deviennent de l’irréel, parce que c’est en ce monde-là que ces événements ont lieu, ont leur « lieu ».

.

Corps de Poussière

Serguei ToutounovPeinture de Serguei Toutounov

.

Je suis le fou à Ta porte, et mon corps est Ta poussière.  Je n’ai pas peur de mourir à Tes Pieds, ni de Les embrasser éternellement. Ma poitrine se déchire du dédain de Ton Absence, et je T’offre les lambeaux de mes soupirs. Je ne vois plus que ma Bien-Aimée, tandis que mes yeux, je Les lui donne, ils sont les Siens. Ma pupille s’éclaire de Ton Amour et mon Amour en Ta Pupille demeure. A  L’Horizon, Ton Soleil baigne en mon océan et déchire les Cieux de Tes Rougeoyances impétueuses. Les vents turquins de mes lèvres sont asséchées et désirent se désaltérer en la douceur de Tes Mains. Ces vents sont à m’étourdir du Souvenir de Ta Présence ! Ai-je peur lors que je suis à attendre les vagues de Ton Azur, lors que je m’abandonne à Ton ivresse et que mon âme erre en ces Limbes ? La Lune est audacieuse des Rayons de Sa Joie et Son Rire me hante, lors que le Corail de Son Jardin devient les perles de mon aspiration. Elle m’assassine des langueurs de La Passion. La Lune se gausse de mes larmes et dans la brume efface toutes les écumes de mon espoir. Je marche en cet océan de mes nuits solitaires et du chemin qui se trace, lors que je me noie en Sa Contemplation, je suis le fugitif sans nom. Pourtant, Elle est les œillades audacieuses qui me surprennent à L’Aube frémissante. La Lune provocatrice avive ma douleur. Où est Ma Bien-Aimée, La Seule que je chérisse et je gis encore à La Porte, car Nul n’entre en Son Royaume sans qu’Elle ne daigne nous inviter. La Folie est ma compagne et c’est elle qui vêt mes nuits de larmes. Ô coucher Sanguinolent, La Flamme de Ton Feu est un tourment à L’Âme qui désire T’atteindre, et comment atteindre Ma Belle ? En ces vagues soyeuses des parfums d’un Autre Monde, quelle main peut La Toucher ? Des Diadèmes de mes sanglots, des écartèlements de mes cris en ce secret, Dame de mon cœur, où Te vivre, si ce n’est en ce perpétuel Désir ? Ne T’approche pas, laisse-moi encore les douleurs de Ton Absence, car en elles est Le Secret du Voyage vers La Bien-Aimée.

Cette main qui s’élance vers le Firmament, est-elle Ton propre Désir ? Vois comme je ne cesse de venir vers Toi, L’Amie de mes Nuits, Toi, La Compagne, en Ton Absence, je m’absente de moi-même et je deviens ce fou qui ne peut T’oublier. Ta Main me tient fermement, et je sais que Les Nouvelles me parviennent bien vite, lors qu’en ces contractions, la souffrance est L’Alchimie de Ta Volonté. Elle est Ta Présence en ce moi si misérable. Elle est Le Rubis de mes larmes ensanglantées. Comme ce monde est Lumière de Toi, Ô Ma Bien-Aimée, et comme mes joues sont émaciées du déchirement de ma Folie d’Amour ! Tout se peuple de Ta Présence, et même les feuilles bruissent avant que le printemps jaillisse ! Vérité des contractions et corporéité de Ta Radiance. Tu es en ma caverne oubliée, La Chaleur de mes jours. Tes bras m’enlacent en L’Océan qui vient du Monde de Ta Luminescence.