L’Emerveillement

Nous nous interrogions ensemble, parfois sans franchir le seuil de nos lèvres, la plupart du temps, côte à côte, dans l’émergence de l’indicible. Nous ne cherchions rien, mais tout arrivait, avec la plus délicate des attentions, la plus légère des formulations. Les paroles avaient trempé dans le jus abondant du cœur. Pourquoi étions-nous au bord, oui au bord et avions-nous été rejetés par les eaux bouillonnantes ? Nous avions bien traversé un pont. Nous savions que nous l’avions traversé. Nous étions ici, mais nous n’étions plus du même monde. Le cœur voyait. Il n’avait pas décidé de voir. Il voyait. Le cœur dirigeait, il nous avait même étonnamment pris en otage. Nous n’étions plus de ce monde. Il était à se renverser. Oui, il était visiblement dans sa phase la plus éloigné du Réel. Mais, nous sourions, ensemble, indéfectiblement ensemble.

Nous nous tenions la main ; nous nous embrassions mille fois avec l’élan de la mutuelle reconnaissance. Nous avions franchi la passerelle. Nous étions hébétés de nous retrouver de ce côté. Nous ne savions pas qu’il existât pareille perception. Nous avions vu s’écrouler les vestiges d’un monde périssant. Nous le regardions avec surprise. Il s’écroulait ! Nous ne comprenions plus que nous en avions fait partie. Nous marchions et nous effleurions certains êtres. Quant à nous, n’avions-nous pas été touchés, irrémédiablement touchés ? Nous n’étions plus comme avant. Oh ! notre apparence n’avait guère changé, mais nous étions, à l’intérieur, en cet intérieur secret, totalement transformés. Nous pouvions le dire. Nous pouvions en parler. Nous pouvions en témoigner. Mais, quand nous réalisâmes cette réalité, nous fûmes simplement émerveillés. Le cœur flottait, dansait, faisait des vagues, de très belles vagues, de hautes vagues. Nous rencontrâmes une myriades de personnes qui venaient d’autres mondes, d’autres temps. Ils nous souriaient et nous invitaient à continuer. Chacune de ces âmes était un univers à part entière. Il était impossible de passer devant eux sans les remercier. Il était impossible de ne pas leur faire une révérence. Nous étions dans la joie la plus grande.

Nous ne pouvons les nommer, pour l’heure, car, ces âmes sont de véritables Royaumes, des Demeures où il fait bon se réfugier. Nous apprenons avec eux, l’infuse et délicieuse merveille de la Création. Alors, nous marchons tout en demeurant avec eux. Ils nous disent : Nous nous reverrons. Quelle pure merveille ! Les nœuds se délient et nous n’éprouvons guère l’envie de discuter. Pourquoi ? Avancez donc chères âmes ! Mon Maître, mon révérenciel Maître me souriait. Etrange ! Il ne m’avait pas épargnée pourtant, mais, j’étais sûre de Sa Bienveillance. Il y avait une douceur dans Sa fermeté. Je sus, par Lui, que seul le cœur purifié est à même de voir. Seul un cœur qui accueille est dans le total émerveillement. Je Le vis tenir mon cœur, ah oui, Il le tint avec vigueur. Cela me fit mal, mais cela me fit bien. Je suis incapable de dire l’inverse. Peu à peu, le monde confusionnel s’efface, disparaît. Il n’a plus de concrétude que dans le regard du cœur essentialisé. Il est un grand Livre où toutes les vérités se manifestent. L’on avance et l’on ne regarde plus en arrière. L’on abandonne, non, que dis-je, tout tombe, le faux tombe presque sans bruit. Comment voulez-vous parler à vos frères quand ceux-ci persistent à tourner en rond ? Un de mes maîtres me confia ceci : l’on ne peut rien faire. Il faut continuer. Il faut continuer. Si le cœur ne voit pas, c’est qu’il est malade. Nous sommes à la fin des temps.

(A suivre…)

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