L’observateur et l’Interlocuteur

Je voyais les gens inertes malgré leur apparente mobilité, mais je pensais que tout le monde était heureux. Je n’en doutais pas une seule seconde. Pourtant, je ne cherchais pas le Bonheur. Je ne savais pas ce que les gens cherchaient, mais, dans le fond, je ne cherchais rien. Être en vie est une unité à part entière. J’aimais. Cela passait par toutes les cellules du corps, de l’esprit, de l’âme. Cela était. Prédisposition naturelle à être. La vie est simplement une Réalité d’Amour. Une chaleur expansive. Tandis que nous avancions dans la petite enfance, nous fûmes confrontée à la dissonance. Nous découvrîmes que la douleur, la tristesse, l’erreur, les colères, la peur, la maladie existaient. Distorsion qui pouvait supplanter étrangement la réalité. Submersion insidieuse, invisibilité rendue visible par les éléments de la vie. Mais, qu’était donc la vie ? Le cauchemar faisait son apparition, étendait sa toile sur le palpable et l’impalpable.

Or, l’observateur intérieur se met en action. Il donne à voir, percevoir, avant que les mots ne se trouvent. Nous vîmes avant de pouvoir l’exprimer. Nous vîmes. Les petits éléments épars voltigeaient, suspendus quelque part. Ils se déposaient parfois, faisaient aussi leur part d’action. Ils s’éprouvaient, se confrontaient, s’interpellaient, se parlaient, s’unissaient, se défaisaient, s’opposaient puis se retrouvaient. Certes, il y avait les éléments sombres, voire ténébreux et il y avait les éléments, nuancés, lumineux. Mais nous n’avions aucune prise sur cela. Entre les deux, nous naviguions dans les océans de la découverte. Chaque jour était une cueillette. Néanmoins, la vie nous semblait toujours impressionnante d’unité. Quelque chose qui se rassemblait, devenait tour à tour, depuis une danse magistrale, l’intelligible. D’où cela venait-il ? Cela s’agençait, se classifiait, formait des rangs serrés, créait des ponts entre les rives de l’intelligible, s’organisait et enseignait. D’où cela pouvait-il bien venir ? L’observateur donnait à l’hébétude. Parfois, il lui prenait l’envie de rire en cascade de reconnaissance. Les yeux de cet observateur rencontrait le Seul Interlocuteur possible. Il écoutait. Il parlait. Il s’agissait de l’entretien intime des Retrouvailles et Cela finissait par de grands éclats de rire. On pouvait poser toutes les questions à l’interlocuteur. Toutes ! Il n’en éludait aucune. Il répondait toujours, ici, plus loin, ailleurs, toujours. Il disait : Nous avons l’Eternité, et l’observateur riait de plus belle. – Alors, rien n’est perdu ? L’Interlocuteur répondait : Il s’agit d’une prodigieuse invitation. Je te convie partout. Quelle promesse ! Nous marchions, par petits pas, sur de solides roches, au milieu d’un océan. Elles apparaissaient tels des jalons incontournables. Ces roches devenaient les indices de la Voie.

Il arrivait que nous sentions les affres terrifiantes de l’enfer. Oui, il s’agissait bien de l’enfer. Mais l’observateur savait que c’était un bon signe. L’absence de souffrance n’est pas forcément signe de haute conscience. Elle peut même être la manifestation d’une insouciance grégaire, d’une absence d’empathie et de compassion, d’un égoïsme éhonté, et surtout le signe d’une grande ignorance avérée. Lors que l’observateur ne comprenait de suite les signes, l’Interlocuteur lui déclarait : Patience… Alors, l’observateur patientait. Ce dernier ne posait pas vraiment de questions. Il se contentait de laisser agir en lui les réalités. Il se contentait d’accueillir. L’observateur vit comme tout le monde. Il se marie, a des enfants, fait ses courses au marché. Mais, l’observateur ne perd jamais le sens de l’observation. Une fois qu’il s’est installé par une actualisation effective, il est actif, et il est actif en dépit de tout. L’Interlocuteur lui verse avec abondance les connaissances. Il est aussi l’Organisateur. Il est Le Vivant. Il est la Maison. Il est l’hôte. Il est tous ces gens qui passent, tout comme il est la caresse du vent sur le visage, la fourmi qui interpelle, le rayon de lune, l’arbre et son feuillage. Il est les événements ; Il est Les Signes, le Langage, le Décodeur, le Transmetteur, le Clarifiant, le Connaissant qui donne à la Connaissance. Oh ! est-il une chose qui Lui échappe ?

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