La Voie du Samouraï : Livres 31 et 32

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Livre 31

     Nous considérons souvent la vie en son apparence linéaire, comme l’alignement d’un souci à résoudre : le souci de la survivance. Que dire lors de cette lumière intérieure qui donne à l’existence de multiples autres dimensions ? Sache, Ô mon fils que la vie est un alignement de croisées à chaque instant. Il n’est pas un temps qui ne s’écoule sans rejoindre Sa Source. Celui qui obstrue cette Lumière est un véritable criminel. Néanmoins, nous ne sommes pas à méconnaître les inégalités de l’homme face à son destin. Il est à considérer que certains sombrent plus facilement en leur sphère de ténèbres, n’ayant aucun moyen de pouvoir réunifier les deux aspects de leur être. Un jour, mon maître reçut un pauvre vagabond ivre mort. Il vomissait et se tordait dans tous les sens en vociférant des obscénités. Le maître demeura imperturbable et lui asséna un coup sur la tête. L’ivrogne s’affala de tout son long. Il gît ainsi toute la nuit au milieu de la cour. La Nuit fraîche le rattrapa. Quand il se réveilla, frissonnant de froid et maugréant quelques jurons, il s’aperçut que le maître était assis tout près de lui et qu’il lui tendait une couverture. J’observais la scène avec beaucoup d’étonnement. L’ivrogne saisit celle-ci et s’en couvrit les épaules. Puis, il se tourna vers le maître et le remercia. Celui-ci resta impassible. Alors, il se passa cette chose étrange : le maître attira le vagabond vers lui avec grande douceur et lui fit poser la tête sur ses genoux comme une mère le fait avec son enfant. C’est à ce moment que le manant se mit à pleurer. Le maître lui caressa les cheveux et finit par lui dire : « Endors-toi, je veille sur toi. » L’ivrogne s’abandonna au sommeil tel un nourrisson. Lors que l’Aube frémit, l’inconnu se réveilla et sanglota de nouveau aux pieds du maître en le suppliant de le garder avec lui au sein du monastère. Le maître acquiesça. Il flottait un sourire sur ses lèvres. Plus tard, lors que je vins vers lui, sans besoin que je l’interroge, il me confia ceci : un homme qui ne sait pas trouver son chemin seul doit pouvoir demander de l’aide. Il en est ainsi du Samouraï : s’il ne sait trouver L’Art de La compénétration, nul blâme, ni défaite, ni humiliation, s’il sait, à temps, trouver un compagnon de route qui connaît le chemin.

 

Shānguǐ (山鬼). Literally "mountain ghost." Originally a jilted lover in the classical Nine Songs, she developed over time into a woman, usually naked, living in the wilderness, married to a red leopard or a tiger. Considered the goddess of Mt. Wū (巫山神女). this piece was painted by one of my favorite artists Hwa San-chiuen.

 

.Livre 32

     Celui qui formule les questions est celui qui en donne assurément les réponses. N’en doute pas une seule seconde ! Très peu d’humains savent que nous sommes notre propre pont et qu’en nous, il est un Livre secret qui nous donne à la Lecture intime de notre verbe Divin. C’est ainsi que L’Âme qui s’éveille de son long rêve accède au Livre de La Connaissance pure. Ses yeux s’ouvrent en la compréhension unitive de Sa Réalité existentielle. Il existe un état de rupture qui déchire le voile de ce que l’on appelle rêve. La plupart des humains rêvent leur vie, en l’état même de rêve, sans comprendre – et souvent sans le pouvoir – qu’il s’agit uniquement d’un passage. Ils échafaudent sur un pont des demeures qu’ils ne pourront jamais emporter avec eux. Ils sont loin de réaliser qu’ils sont leur propre arche, leur propre demeure, et qu’en eux, il est une conque, et qu’à l’intérieur de cette précieuse conque, il est une Perle suintante de connaissances qui les donne à Leur Devenir. Devenir est une Reliance, Le Collier de perles qui nous amène à La Toute Reliance. Cherche, Ô Samouraï, en Ton Epée, La Lame de Ton Âme ! Tes yeux exploreront ce que nul jamais n’a vu, ni entendu. Comprends-bien ! Ton histoire est La Singularité de cette Perle, Son Unicité d’être.  Ce soir, la servante sembla tarder et Le Prince se sentit soudain à l’étroit. Son cœur suffoquait de douleur. La Lune entra bientôt par la fenêtre et il entendit une voix qui lui murmurait : – Je suis là, me vois-tu ? Il se précipita brusquement vers la fenêtre et vit que la servante était assise sous un arbre.  – Viens-donc me rejoindre et embrasse, de ton cœur en émoi, les douceurs de la lune qui unifie, cette nuit, les délicatesses de la nature avenante. Nulle contradiction en ce toucher des Beautés gracieuses que nous offre L’Âme. Elle est en chaque chose à nous parler. Le Prince qui n’avait pas mis le pied dehors depuis des mois, descendit par la fenêtre et se retrouva aussitôt auprès de la jeune femme. Elle était entourée des plus insolites animaux, car ceux-ci ne manifestaient aucune hostilité à son égard et semblaient l’écouter avec attention. – Ceci tient du prodige, Ô femme mystérieuse qui conquiert mon cœur, comme nul ne l’a jamais conquis ! – Lors que L’Esprit voyage en son absoluité, lui répondit-elle avec un sourire radieux, il n’est ni intérieur, ni extérieur, et tout est là qui se côtoie en la plus vénérable des paix.

 

© Océan sans rivage, La Voie du Samouraï

 

Se lit aussi sur Noblesse et Art de l’écu

Livres 31_32

 

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